Est-ce al-Qaëda ? Est-ce les réseaux de ben Laden qui auraient ainsi voulu, à six jours de l’anniversaire du 11 septembre, rappeler leur existance à Georges Bush ? Est-ce plutôt les Taliban ? De simples rivalités de pouvoir ou bien encore les affrontements entre peuples afghans qui reprennent ? On l’ignore, mais les attentats d’hier en Afghanistan, 30 morts dans les rues de Kaboul et une tentative d’assassinat de Hamid Karzaï, le président que les Etats-Unis avaient aidé à mettre en place, sont un avertissement pour les Américains. En Irak non plus, il ne serait pas aisé d’assurer la stabilité du pays après en avoir renversé le régime. Quand on est l’Amérique, une guerre, certes, se gagne, question de temps et de technologie, de satellites et de bombes, mais la paix, c’est plus compliqué. Comme plusieurs autres pays du Proche-Orient, l’Irak a des frontières artificielles, dessinées par les partages coloniaux après l’effondrement de l’empire ottoman. C’est également un pays divisé entre sunnites, chiites, probablement majoritaires mais traités en minorité de second rang car suspects de regarder vers l’Iran et surtout Kurdes, ce peuple de 22 millions de personnes, à cheval sur la Turquie, l’Iran, l’Irak, la Syrie et qui, depuis toujours, aspire à l’indépendance dans un Kurdistan unifié. Saddam Hussein renversé, son appareil répressif défait, il sera d’autant plus difficile de maintenir l’unité irakienne que Kurdes et chiites vivent, depuis dix ans, loin du pouvoir central, à l’abri des zones d’exclusion aérienne que la défaite de 1991 a imposées à Bagdad. Si les troupes américaines, avec ou sans l’aval de l’Onu, entrent en Irak, il ne leur faudra pas maintenir mais rétablir l’unité de ce pays faute de quoi c’est toutes les frontières du Proche-Orient qui pourraient bientôt être ébranlées dans un chaos balkanique. Il y aurait une logique à cela. On peut même considérer que c’est, à terme inévitable, comme ca l’est, sans doute, en Afrique mais si c’était une opération américaine qui provoquait ce séisme, s’il revenait aux Américains de le maîtriser, ce n’est ni pour cinq mois ni pour cinq ans qu’ils auraient à maintenir une présence militaire en Irak et dans toute la région mais pour de longues et hasardeuses décennies. C’est, notamment, la raison pour laquelle la Turquie et tout le Machrek sont hostiles à cette intervention mais, dans l’immédiat aussi, les Américains auraient devant eux de gros soucis. Les Irakiens ne pleureraient pas Saddam mais il n’y a pas d’Alliance du Nord en Irak. Il n’y a, autrement dit, pas de forces d’opposition constituées sur lesquelles s’appuyer pour établir un nouveau pouvoir. Les circonstances, bien sûr, font les hommes. Il y aura des candidats à la relève, peut-être même de valeur car le niveau culturel est élevé en Irak mais la transition y sera encore plus délicate qu’en Afghanistan. Il se peut encore que, devant les menaces américaines, Saddam Hussein renonce à ses arsenaux et que cette guerre soit ainsi évitée. Si ce n’était pas le cas, avis de tempête. Lancement Un attentat à Kaboul, une tentative d’assassinat du président Karzaï à Kandahar – le bilan de la journée d’hier est donc lourd en Afghanistan. La stabilisation s’y fait attendre, au moment même où les menaces de guerre contre l’Irak se précisent.

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