Vivants ? C’est une quasi-certitude depuis jeudi matin. Passés entre les mains d’un groupe de Falloujah, non moins islamiste, non moins terroriste, mais politiquement moins stupide que les premiers ravisseurs et s’apprêtant donc à les libérer dans les prochaines heures ? Cela se disait jeudi soir et parait toujours vraisemblable. En route alors vers la liberté ? On y a cru vendredi matin. On l’a dit et, bien sûr, espéré mais, si cet espoir tarde tant à se concrétiser, c’est que l’affaire des otages français a provoqué une crise entre la France et le gouvernement intérimaire irakien, entre un pouvoir dépendant des Etats-Unis et un pays, le nôtre, qui n’est pas au mieux avec la Maison-Blanche depuis le bras de fer sur l’intervention en Irak. Otages ou pas, urgence ou non, le pouvoir irakien n’apprécie en effet pas que la France, pays qui exclue d’envoyer des troupes en Irak, non seulement y noue des contacts, directs ou indirects, avec des groupes rebelles mais obtienne, pour cela, l’appui de la quasi-totalité du monde arabe. Le gouvernement intérimaire, ses protecteurs aussi peut-être, en sont d’autant plus ulcérés que la France a mobilisé dans cette entreprise de sauvetage les gouvernements et les services secrets de deux des premiers alliés des Etats-Unis dans la région, l’Egypte et la Jordanie, l’une et l’autre très bien informées et présentes sur le terrain. Entre Paris et Bagdad, la tension est devenue telle que les journaux favorables au premier ministre irakien tirent à boulets rouges sur la France et qu’une visite du président irakien à Paris, où il était attendu hier, dimanche, a été purement et simplement reportée. Or le problème est qu’il est difficile de remettre des otages si la loi ne regarde pas ailleurs et que c’est encore plus vrai dans un pays en pleine guerre civile où tout peut arriver à chaque seconde et personne ne sait qui contrôle qui. Sans bonne volonté du pouvoir en place, sans assurance à pouvoir donner aux ravisseurs qu’ils ne seront pas inquiétés au moment où ils rendront la liberté à leurs proies, tout devient encore plus compliqué, hasardeux, susceptible, en un mot, de mal tourner à l’instant même où la crise se dénoue. Où relâcher les otages ? Où, comment et avec quels moyens les récupérer alors que Falloujah est constamment bombardée ? Comment, ensuite, les acheminer vers un lieu sûr avec un minimum de risques ? Autant de questions auxquelles il devient alors presque impossible de répondre avec la certitude de ne pas se tromper ou de ne pas l’être, autant de raisons, en un mot, que l’espoir se soit lentement mué, depuis trois jours, en une longue attente angoissée. Le plus probable reste, malgré tout, un dénouement heureux. Peut-être est-il proche mais il y a, maintenant, une affaire derrière l’affaire, une exacerbation des débats et tensions qui divisent les démocraties depuis que Georges Bush a décidé d’intervenir en Irak. Cette affaire dans l’affaire n’arrange rien - ni pour les relations transatlantiques ni pour les otages.

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