Les élections ne sont plus ce qu’elles étaient. Partout les échiquiers politiques bougent, les termes du débat changent et il suffit, pour s’en rendre compte, d’observer les scrutins qui s’annoncent dans les grandes démocraties. L’Allemagne vote à la fin de la semaine prochaine. Depuis le début de l’après-guerre, ce pays avait deux grands partis, social-démocratie et démocratie chrétienne, une gauche et une droite autour desquelles s’organisait l’alternance mais là, tout est brouillé. Réélu en 2002, le chancelier Schröder a décidé d’anticiper les élections parce qu’une frange de ses députés ne le suivaient plus et que sa popularité était en chute libre en raison des mesures d’austérité qu’il avait prises sur les retraites et l’indemnisation du chômage. Risqué, son pari n’était pas perdu d’avance mais tous les sondages le donnent maintenant perdant car la gauche de son parti s’est alliée avec les anciens communistes d’Allemagne de l’Est pour former un Parti de la gauche, une gauche radicale qui lui enlève assez de voix pour ouvrir un boulevard à la droite. Non seulement le bipartisme a vécu en Allemagne, non seulement la gauche y est éclatée mais la démocratie chrétienne, second changement, s’y est convertie au libéralisme, baisse et suppression de la progressivité des impôts, alors même que la droite allemande avait depuis la fin de la guerre une dimension sociale affirmée. Le Japon vote, lui, dimanche prochain. Depuis soixante ans, sa vie politique est dominée par le Parti libéral-démocrate, grande formation de droite, plutôt sociale et fondée sur une alliance d’intérêts entre des pans entiers du patronat et du salariat. Au Japon aussi ces élections sont anticipées car le Premier ministre libéral démocrate, Junichiro Koizumi, a vu rejeter par une aile de son propre parti son projet de privatisation de la Poste dont les employés sont de fidèles soutiens des libéraux-démocrates. Loin d’un affrontement entre la gauche et la droite, ces élections seront un référendum sur le libéralisme prôné par le Premier ministre, un affrontement entre deux courants de la droite. La Pologne enfin vote le 25 septembre et, là, le bouleversement politique est encore plus spectaculaire. Anciens communistes et anciens dissidents sont totalement marginalisés par la dureté des politiques de passage au marché qu’ils ont menées depuis 1989. Désorienté par ces bouleversements, l’électorat s’est donc massivement tourné vers de nouvelles formations, l’une très libérale, les autres sociales, mais toutes nationalistes et traditionalistes, extrêmement conservatrices. Si l’on ajoute à cela que les démocrates américains n’arrivent toujours pas à relever le gant face à Georges Bush et que c’est l’affrontement entre deux droites qui domine aujourd’hui les débats français, deux conclusions s’imposent. La première est que la gauche a partout du mal à retrouver ses marques dans une période de faible croissance et de nouvelles concurrences internationales. La seconde est que, partout maintenant, les idées libérales font leur percée à droite, défiant les droites de consensus social. La bataille Villepin Sarkozy n’a rien de propre à la France.

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