Contrairement à l’Irak qui ne l’était ni de près ni de loin, l’Iran est une vraie menace pour la paix du monde. Ce n’est pas seulement que la République islamique est aujourd’hui présidée par un illuminé, un mystique qui se sent inspiré par la parole divine, vomit l’Occident et veut « rayer de la carte » un Etat. C’est aussi, surtout, bien sûr, que l’Iran progresse vers la maîtrise nucléaire, qu’il n’y a aucune raison de croire qu’il le fasse uniquement dans un but civil et que son accession à la bombe susciterait dans tout le Proche-orient une course à l’arme atomique. Il n’y a pas, aujourd’hui, de plus grande menace que l’Iran pour la stabilité internationale mais, le fait est que face à cette menace, les grandes puissances temporisent. Le Conseil de sécurité avait donné jusqu’au 31 août à Téhéran pour suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium. Ce délai est passé sans qu’elles ne cessent mais Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, ne doit pas moins s’entretenir ce mercredi à Vienne avec le négociateur iranien, Ali Laridjani, l’homme que le 7/9 était allé interviewer dans son bureau en février dernier. Les membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne se concerteront à Berlin au lendemain de cette rencontre et l’heure n’est pas aux sanctions, pas de l’Onu en tout cas. Elle est à épuiser toutes les possibilités de négociations car il n’y a guère d’autres voies que cela. Ni la Russie ni la Chine ne veulent entendre parler de pressions économiques contre Téhéran car l’Iran est un grand client de l’industrie russe et que Pékin a besoin du pétrole iranien. Des sanctions ne gêneraient d’ailleurs que peu l’Iran sans retarder d’un jour sa marche vers la bombe. Quant aux frappes aériennes, elles n’auraient que de faibles chances d’atteindre des sites nucléaires dispersés, enterrés et dissimulés aux satellites mais amèneraient, en revanche, Téhéran à jeter de l’huile sur le feu au Irak et, avant tout, au Liban où des troupes européennes se déploient sous mandat de l’Onu. En position de force, l’Iran aurait peu de raisons de s’inquiéter et le sait mais ce n’est pas la seule explication de cette temporisation. L’autre est que l’Iran ne se résume pas à son Président. D’autres figures du régime, tout aussi influentes que lui, ne veulent pas aller jusqu’à se doter de la bombe. Elles veulent être en capacité de le faire, comme le Japon, mais seulement pour y renoncer en échange d’accords de sécurité régionaux, garantis par les Etats-Unis, et reconnaissant leur pays pour ce qu’il est déjà – la première puissance du Proche-Orient. Avec ces hommes-là, un compromis est possible. Il y a un sens à le rechercher encore en ouvrant des discussions exploratoires avec l’Iran qui ne demanderaient pas, contrairement à des négociations, une suspension préalable de l’enrichissement d’uranium mais encore faut-il avoir, pour cela, des assurances qu’elles puissent aboutir. C’est cette assurance que Javier Solana demandera tout à l’heure au négociateur iranien.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.