Ce n’est pas un débat public. Personne ne s’en est ouvertement fait l’avocat à Paris mais l’idée d’un retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan est aujourd’hui si présente que l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine, consacre à la combattre une part importante du rapport sur la France et la mondialisation qu’il vient de remettre au Président de la République. Cela ne nous donnerait pas plus de poids dans l’Alliance atlantique que nous n’en avons déjà, dit Hubert Védrine en ajoutant que le reste du monde en conclurait que nous nous alignons sur les Etats-Unis alors même que Georges Bush les a rendus impopulaires sur les cinq continents. Les deux arguments marqueront mais ce débat n’en sera pas clos pour deux raisons. La première est que, dans la volonté de « rupture » de Nicolas Sarkozy, le désir de rapprochements avec les Etats-Unis pèse lourd. Le président de la République et beaucoup de ses proches, Bernard Kouchner également, considèrent peu ou prou que l’antiaméricanisme aura été un élément trop important de la définition et de la conduite de la diplomatie française depuis le général De Gaulle, que nous avons trop tendance à nous définir contre l’Amérique et à oublier que les intérêts communs des démocraties et leur solidarité comptent plus que les moments de désaccord que nous pouvons avoir la Maison-Blanche. Très perceptible, cette position n’est pour autant pas déterminante car il y a là beaucoup plus une tentation qu’une détermination hâtive à tourner la page mais la seconde raison de ce retour de l’atlantisme est, en revanche, plus profonde. Dans un monde marqué à la fois par la réalité de la menace terroriste et l’émergence économique et politique de nouvelles puissances, l’idée que nous n’aurions pas le choix, que nous serions condamnés à reformer un front occidental dans une alliance plus forte avec les Etats-Unis, progresse non seulement à droite mais à gauche aussi. Si forte soit-elle, cette idée de « Sainte Alliance occidentale », comme dit Hubert Védrine, n’est pour autant pas devenue dominante, loin de la, car chacun voit bien qu’elle mettrait les Etats-Unis et eux seuls aux commandes alors qu’ils ne sont certainement pas infaillibles, qu’ils ont trop tendance à confondre leurs intérêts propres et ceux du monde et que l’affirmation, surtout, d’un front occidental contre le reste de la planète ne servirait pas, bien au contraire, la stabilité internationale. C’est si vrai que dans son discours de politique étrangère, il y a dix jours, Nicolas Sarkozy avait bien plutôt prôné une relance de l’Europe de la Défense, planification et financement communs, dont l’avantage serait de mieux assurer notre sécurité commune mais aussi d’instaurer, au sein de l’Otan, une relation égalitaire entre les Etats-Unis et l’Union. C’est également l’une des pistes ouvertes par Hubert Védrine qui propose un « sommet de réforme » de l’Otan en 2009 autour d’un débat stratégique entre les deux rives atlantiques.

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