Lentement mais sûrement, la Belgique se défait. Il y avait, d’abord, eu ces élections du 13 juin qui avaient propulsé au rang de premier des partis belges en nombre de sièges une formation flamande, le NV-A, qui souhaite ouvertement « l’évaporation » du pays. Il y eut, ce week-end, l’échec de la mission de préformation d’un gouvernement que le roi avait confiée au chef de file des socialistes francophones, Elio di Rupo. Il y a, maintenant, la multiplication, dans la presse belge, de ces articles et déclarations prophétisant la fin du pays mais comment en est-on arrivé là, au probable éclatement, à moyen terme, d’un pays européen, membre fondateur de l’Union ? La première explication et que, longtemps méprisés par les francophones, les Flamands prennent aujourd’hui leur revanche. Hier, enrichis par la révolution industrielle du XIX° siècle, les Wallons avaient longtemps regardé les Flamands comme des bouseux parce qu’ils étaient passés à côté de l’industrialisation et ne parlaient pas ce français qui était alors la langue de l’intelligentsia et des relations internationales. Aujourd’hui, devenus les riches du pays face à une Wallonie appauvrie par le déclin des industries lourdes, les Flamands ne veulent plus ni entretenir les francophones de leurs impôts ni continuer de payer pour un Etat trop coûteux dont toutes les institutions ont été dédoublées par la coupure linguistique. Le déchirement de la Belgique, c’est, d’abord, une revanche historique mais sans doute ne serait-il pas arrivé à ce point de rupture s’il n’avait pas été aggravé par des phénomènes qui n’ont, eux, rien de spécifiquement belge. Affaiblis par la mondialisation de l’économie, rendus incapables de vraiment peser face à un marché internationalisé qui dicte ses lois, les Etats sont désormais de moins en moins perçus comme capables de protéger leurs citoyens. Nationaux, les partis traditionnels en sont dévalorisés, bousculés par de nouvelles formations qui incarnent le trouble de l’opinion et capitalisent sur ses angoisses. C’est la montée des extrêmes, sensible dans toute l’Europe, et ces nouvelles extrêmes-droites, aux quatre coins de l’Union, ont pour point commun de prôner le repli sur soi et le rejet de l’autre, repli tantôt national, dans des pays comme la France dont l’unité est ancienne, tantôt régional, dans des pays qui se sont constitués aussi tard que la Belgique ou l’Italie. En France, cela donne le Front national, sa xénophobie et sa « préférence nationale ». En Italie, c’est le Nord industriel qui ne veut plus payer pour le Sud en mal de subventions. En Belgique, ce sont les Flamands qui ne veulent plus partager avec les Wallons. Partout, c’est le recul de la solidarité et, partout, ces peurs que provoquent l’émergence de nouvelles puissances économiques, la désindustrialisation et le rétrécissement du marché de l’emploi conduisent à vouloir se bunkériser. Le délitement belge n’est, en ce sens, qu’une manifestation spectaculaire d’un syndrome général. Tant qu’une puissance publique européenne n’aura pas pris le relais des Etats nations, la peur, l’égoïsme et les fractionnements continueront de se développer en Europe.

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