La raison en est claire. Trop d’économies européennes, celle de la Grèce au premier chef, restent fragiles. Ces fragilités – on l’a encore vu hier avec la dégringolade des Bourses – font, comme le dit Nicolas Sarkozy, « perdre la boussole » aux marchés. Les gouvernements européens doivent en conséquence se battre sur deux fronts, réduire les dettes publiques et se concilier les détenteurs de capitaux auprès desquels leurs Etat empruntent, et ils découvrent ainsi, dans cette double bataille, à quel point les institutions de l’Union lui permettent mal de répondre à des situations de crise.

Rien d’étonnant donc à ce que l’idée d’un nouveau traité européen fasse aujourd’hui son chemin. On l’avait senti monter dès avant l’été, poussée par des francs-tireurs, mais désormais ce sont les états-majors qui s’en emparent et spectaculairement. « Nous avons vu que les instruments de la zone euro sont insuffisants », déclare la chancelière allemande en appelant à un « changement des traités ». Son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, enfonce le clou en prônant carrément l’adoption d’un « nouveau traité ».

Sans aller jusqu’à prononcer ces mots, le président français constate, lui, « l’insuffisance de notre union économique et monétaire » tandis que son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, n’hésite plus à se dire partisan – c’était vendredi dernier – d’un « fédéralisme » économique. Le futur président de la banque centrale européenne, l’Italien Mario Draghi, va dans le même sens et Jacques Delors déclarait, hier, appuyé par une pléiade d’économistes et d’anciens hommes d’Etat, que la survie de la zone euro passait par « une plus grande intégration économique et budgétaire ».

Cette idée d’un nouveau traité européen est en train de s’imposer mais, aussi fondée qu’elle soit, elle ne sera pas facile à concrétiser. Premier problème, autant les gauches et les droites européennes sont globalement d’accord sur la nécessité de passer de la monnaie unique à des politiques économiques communes, autant elles ne le sont pas sur le contenu de ces politiques. Les droites voudraient essentiellement réduire les dépenses publiques. C’est même l’obsession de la droite allemande alors que les gauches s’inquiètent, elles, comme le FMI, des conséquences sur la croissance économique de coupes budgétaires trop brutales et voudraient revenir aussi sur les baisses d’impôts des ces vingt dernière années, accroître les revenus des Etats et leur permettre ainsi d’investir dans l’avenir pour arriver à l’équilibre par une relance de la croissance.

Le débat n’est pas technique. Il est politique et l’ouverture de négociations sur un nouveau traité l’enflammerait à tout coup. La route est semée d’embûches et le sera d’autant plus, second problème, que les opinions publiques ne sont pas prêtes à donner plus de pouvoir à l’Union tant qu’elles ne sauront pas ce qu’elle en fera. Aucun nouveau traité ne pourrait, autrement dit, être signé s’il n’affirmait pas en même temps la démocratie européenne en donnant les moyens aux citoyens de l’Union de voter pour les politiques qu’ils auront choisies. Il ne s’agit plus seulement de donner un gouvernement économique à l’Europe mais de la doter enfin, et ce ne sera pas aisé, d’un gouvernement tout court.

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