Dans la multiplication des crises, la plus ancienne et la plus persistante a disparu des écrans radar. On ne parle plus du conflit israélo-palestinien, éclipsé par les révolutions arabes et le drame syrien, retiré de l’ordre du jour par l’impasse dans laquelle il se trouve, et c’est pour cela qu’il était impressionnant d’entendre hier, à Paris, deux des animateurs, israélien et palestinien, du groupe d’Aix.

Fondé par un universitaire d’Aix-en-Provence, ce groupe s’est donné pour tâche de réunir des pacifistes des deux peuples, hauts fonctionnaires et économistes, des technocrates de bonne volonté qui refusent que l’abandon de la recherche d’un compromis historique entre leurs nations puisse mener un jour à de nouvelles guerres qui feraient encore reculer l’espoir d’une paix durable.

Longtemps, ces hommes ont travaillé loin de toute publicité, planchant dans l’ombre sur des solutions viables aux problèmes les plus épineux, ceux de Jérusalem et des réfugiées. Leurs travaux sont si sérieux qu’ils sont maintenant écoutés et traités en experts respectés par les grandes capitales occidentales mais s’ils ont décidé de sortir de l’ombre et de venir alerter un journaliste français, c’est qu’ils désespèrent de faire bouger les choses.

Ils ne comprennent plus que les diplomaties occidentales aient comme renoncé à imposer la solution à deux Etats. Ils voudraient que la presse et les opinions européennes et américaine forcent leurs gouvernements à agir car, à leurs yeux, cette crise peut se réveiller à tout moment et plonger le Proche-Orient dans un chaos infernal.

Tout semble calme, rien ne bouge, disent-ils, mais les injustices faites aux Palestiniens, l’état de non-droit dans lequel ils vivent et la poursuite de la colonisation des Territoires occupés peuvent à tout moment provoquer une explosion que plus personne ne pourrait canaliser. Il suffira d’une étincelle, disent-ils, d’un incident comme tant d’autres, pour que les Palestiniens se révoltent et que le monde arabe s’enflamme en leur faveur. La situation est plus grave que jamais, expliquent-ils, parce que les dictatures arabes sont tombées ou ébranlées, que les peuples de la région ont repris la parole et qu’ils ne voudront plus que leurs gouvernements se tiennent à l’écart de ce conflit pour préserver le statu-quo régional.

On sent qu’ils ne croient plus guère en la pérennité de l’accord de paix israélo-égyptien que les islamistes au pouvoir au Caire disent pourtant vouloir respecter. La possibilité que le gouvernement israélien lance une attaque contre les sites nucléaires iraniens les inquiète encore plus car quel que soit, pensent-ils, l’abîme qui s’est creusé entre sunnites et chiites, c’est l’ensemble des populations proche-orientales qui prendraient alors fait et cause pour l’Iran chiite contre l’ennemi israélien. Il faut, martèlent-ils, que la paix progresse avant qu’on en revienne à un incendie général qui donnerait la main aux plus extrémistes dans le monde arabe, ruinerait l’économie israélienne et redoublerait une défiance et une haine sur lesquelles on ne pourrait plus rien construire avant très longtemps. Ils sont modérés et c’est parce qu’ils le sont qu’ils ont peur.

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