Sheryl Sandberg, la patronne de Facebook, et Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, ont témoigné mercredi devant la Commission du Renseignement du Congrès à Washington. Au coeur des questions, la manipulation de l'information sur leurs réseaux sociaux.

Sheryl Sandberg, la patronne de Facebook, témoigne mercredi 5 septembre devant la Commission du Renseignement du Sénat américain
Sheryl Sandberg, la patronne de Facebook, témoigne mercredi 5 septembre devant la Commission du Renseignement du Sénat américain © AFP / Jim WATSON / AFP

Quand les dirigeants des réseaux sociaux Facebook et Twitter sont convoqués au Congrès américain, ces temps-ci, ce n’est pas pour discuter business ou technologie. C’est pour parler manipulation de l’information et désinformation en période électorale.

Sheryl Sandberg, la dirigeante de Facebook, et Jack Dorsey, le PDG de Twitter, ont comparu hier, à deux mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, pour expliquer comment ils s’y prennent pour permettre la bonne tenue du scrutin – sous-entendu sans influence russe.

Le sujet est toujours brûlant. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, avait reconnu que plus de cent millions d’Américains avaient été exposés, en 2016, à des contenus sponsorisés sans savoir qu’ils étaient liés à la Russie. Et le scandale Cambridge Analytica au printemps dernier a révélé comment des millions de profils Facebook avaient été détournés pour une action politique illicite au profit de Donald Trump.

Les réseaux sociaux ont certes réagi après ces affaires. Twitter a supprimé des millions de comptes robotisés, faux, ou faisant l’apologie de la violence, Facebook a modifié ses règles et a recruté des milliers de modérateurs. Mais Sheryl Sandberg l’a reconnu hier : « nous sommes trop lents ». 

Alex Stamos, l’ancien responsable de la Sécurité de Facebook, est allé plus loin sur CNN cette semaine, en soulignant qu’on en est, en 2018, au même stade qu’en 2016, car rien n’a été fait vis-à-vis des ingérences russes. Il a mis en garde l’opinion contre la menace d’une « véritable guerre de l’information » à l’occasion des élections.

Même écho de ce côté-ci de l’Atlantique, en France où un rapport de deux centres de recherche liés aux Ministères de la Défense et des Affaires étrangères fait des recommandations pour lutter contre la manipulation de l’information, et à Bruxelles où la Commission s’apprête à faire des propositions aux Etats pour protéger les élections européennes de mai prochain.

Que peut-on faire ? Il y a d’abord ce qu’on ne doit pas faire, et le rapport français a raison de mettre en garde contre ce qu’il appelle la « tentation liberticide » des gouvernants. Un point pertinent quand on se souvient que la loi maladroite anti-Fake news du gouvernement a été retoquée au Sénat cet été.

Mais il y a assurément une responsabilité des Etats à garantir la transparence de l’information en période électorale. Car, comme le souligne le rapport français, le but des manipulations, d’où qu’elles viennent car il n’y a pas que la Russie dans ce jeu, n’est pas nécessairement de convaincre, mais de « semer le doute et la confusion ».

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt bien avant la naissance de Facebook, « quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Et avec un peuple privé de sa capacité de penser et de juger, vous pouvez faire ce que vous voulez ». Une phrase qui résume l’une des menaces majeures à la démocratie, et à laquelle il n’existe pas de parade simple.

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