La détente amorcée par la diplomatie française à Biarritz il y a dix jours se heurte à une vive opposition, tant aux États-Unis qu'en Israël. L’Iran y répond en se mettant en infraction de l’accord nucléaire : l’escalade continue.

Le Président iranien Hassan Rohani (au centre) lors de l’annonce de la levée de toutes les restrictions à l’enrichissement de l’uranium, mercredi 4 septembre à Téhéran.
Le Président iranien Hassan Rohani (au centre) lors de l’annonce de la levée de toutes les restrictions à l’enrichissement de l’uranium, mercredi 4 septembre à Téhéran. © AFP / Iranian Presidency / AFP

C’était le moment spectaculaire du G7 de Biarritz, il y a dix jours : la venue surprise du chef de la diplomatie iranienne, et la déclaration prudente de Donald Trump ne fermant pas la porte à une rencontre avec le président iranien Hassan Rohani. 

Depuis, les diplomates se sont mis au travail pour tenter d’avancer sur la base de ce rare moment de détente. Mais les adversaire de ce projet se sont eux-aussi activés, et ont établi avec succès des contrefeux à l’initiative française.

Aux États-Unis et en Israël, les opposants à tout relâchement dans la pression maximale exercée contre l’Iran se sont activés pour refermer la porte qui s’était entrouverte à Biarritz. Ils tentent en particulier de tuer un projet concocté par la diplomatie française, permettant à l’Iran de bénéficier d’une ligne de crédit de 15 milliards de dollars garantie par son pétrole, en échange d’un renoncement à la reprise de son programme nucléaire.

A Washington, Brian Hook, "Monsieur Iran" au sein de l’administration Trump, a exclu un soutien américain à ce projet, affirmant au contraire que de nouvelles sanctions seraient imposées au régime de Téhéran. Donald Trump l'a confirmé lors d'un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron hier.

A Biarritz, le Président Trump avait déclaré qu’il ne souhaitait pas de changement de régime à Téhéran. Mais il y a clairement, dans son entourage, des gens qui veulent la chute du régime des mollahs, comme John Bolton, le Conseiller à la Sécurité nationale.

Ils estiment que l’embargo pétrolier et les sanctions imposées à l’Iran sont en train d’étrangler l’économie de ce pays ; et, de fait, tous les témoignages montrent que les sanctions ont un impact considérable sur la vie des Iraniens. Ces « faucons » de l’administration considèrent qu’il faut accroitre cette pression maximale, au lieu d’entrer dans une logique de compromis comme l’avait fait Barack Obama, et comme le proposent aujourd’hui les Français.

C’est également la logique de Benyamin Netanyahou qui a téléphoné à Emmanuel Macron pour lui dire que ce n’était pas le moment de relâcher la pression. Le premier ministre israélien s’est rendu hier à Londres pour convaincre Boris Johnson de lâcher ses partenaires européens sur ce dossier, la France et l’Allemagne.

De manière prévisible, l’Iran durcit le ton à mesure que les perspectives apparues à Biarritz s’éloignent. Le président Rohani a annoncé qu’à partir d’aujourd’hui, l’Iran levait toutes les restrictions de l’accord de 2015 sur l’enrichissement d’uranium. Confronté au refus américain, il se place clairement et délibérément en infraction de l’accord international.

Les diplomates français ne désespèrent pas de sauver leur médiation ; mais cette affaire illustre bien la difficulté de négocier avec Donald Trump. A Biarritz, au déjeuner en tête à tête avec Emmanuel Macron, le président américain n’a pas été insensible à ses arguments, et a laissé venir le ministre iranien. 

Mais une fois rentré à Washington, c’est l’influence de ses conseillers les plus durs qui a repris le dessus. L’éclaircie de Biarritz est en train de se refermer, place à l’escalade !

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