Le Pakistan a besoin d'argent et son armée est utile aux puissances régionales dès lors qu'elle sert de tampon. Mais le Cachemire est la part d'irrationnel de New Delhi comme l'Islamabad.

Le général Qamar Javed Bajwa présidait le 6 août une réunion avec les différents corps d'armées à Rawalpindi
Le général Qamar Javed Bajwa présidait le 6 août une réunion avec les différents corps d'armées à Rawalpindi © AFP / HANDOUT / ISPR

Dans le conflit du Cachemire, on oublie souvent l'essentiel : l'armée pakistanaise. Tout simplement parce que, comme toutes les armées du monde, l'armée pakistanaise déteste la publicité et préfère s'abriter derrière un pouvoir civil auquel elle prétend obéir et qui, de son côté, prétend gouverner sans elle.

Prenons l'exemple de l'actuel Premier ministre Imran Khan. Ancienne star du criquet, playboy notoire et élu en juillet 2018. Enfin, élu. Les mauvaises langues au Pakistan vous diront qu'il a été désigné par les militaires : "selected" et pas "elected".

Il suffit, explique toujours l'opposition, de jeter un œil sur son cabinet : la moitié des ministres ont servi sous la houlette du dernier des dictateurs pakistanais issu de l'armée : le général Pervez Musharraf. L'armée pakistanaise, c'est donc une épure d'Etat profond.

Une armée qui contrôle un vrai arsenal nucléaire

Mais au fond c'est presque une bonne nouvelle : c'est paradoxal, mais à compter du moment où le Pakistan, à l'égal de l'Inde, a maitrisé l'arme nucléaire, un équilibre géo-stratégique s'est installé dans la région qui a objectivement fait baisser la tension.

L'Inde et le Pakistan se sont trois fois faits la guerre : en 1947, 1965 et 1971. Des guerres atroces, avec à la clé des dizaines de milliers de morts. Or, depuis que les deux pays peuvent s'anéantir mutuellement, on parle plutôt de conflits, comme en 1999 à Kargil.

Voire même des escarmouches, parfois à 6 000 mètres d'altitude, sur cette ligne de démarcation qui coupe grosso-modo en deux le Cachemire historique et qui, aujourd'hui, est quasiment devenu une frontière internationale.

Un conflit conventionnel est toujours possible

Oui, mais contre la volonté de tous les parrains régionaux du Pakistan. C'est le grand paradoxe du moment : tout le monde a besoin en ce moment du Pakistan et de son armée et pourtant personne ne soutiendrait un conflit ouvert avec l'Inde.

Je m'explique : les Etats-Unis ont besoin des Pakistanais s'ils veulent sortir proprement d'Afghanistan. Du coup, il a ravalé ses tweets contre les « milliards déversés en pure perte » sur Islamabad et a reçu en grandes pompes Imran Khan le 22 juillet.

L'Arabie saoudite a besoin du Pakistan pour « border » l'ennemi iranien d'un allié sunnite. Les Russes ont besoin d'un Pakistan influent en Afghanistan pour protéger le Caucase du djihadisme et la Chine, pour tenir à distance le rival indien.

Le Pakistan en position idéale... pour obtenir de l'argent

Pour obtenir de l'argent, oui. Pour faire la guerre à l'Inde, non. On a besoin du Pakistan, en gros, pour faire tampon ou pour contenir les ardeurs afghanes, mais pas pour déstabiliser la région, ce qui ne manquerait pas d'arriver en cas de guerre avec l'Inde.

Ça tombe bien : le Pakistan a besoin d'argent. Un chiffre pour comprendre : le Pakistan, c'est 200 millions d'habitants et 25 milliards de dollars d'exportations par an. Le Bangladesh et ses 165 millions d'habitants, c'est presque le double.

Le calcul de l'Inde est donc le suivant : le Pakistan est enferré dans des alliances de revers, a un besoin impérieux de financements internationaux et ses parrains sont près à les lui fournir pour peu qu'Islamabad se tienne tranquille.

Voilà pour l'analyse froide et calculatrice de New Delhi. Reste comme toujours l'irrationnel : or le Cachemire pour le Pakistan comme pour l'Inde, c'est précisément leur part d'irrationnel.  

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