La visite d'Emmanuel Macron à Beyrouth a soulevé beaucoup d'espoir. Mais la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

Emmanuel Macron s'est rendu à Beyrouth à la suite des deux explosions qui ont secoué la ville libanaise.
Emmanuel Macron s'est rendu à Beyrouth à la suite des deux explosions qui ont secoué la ville libanaise. © AFP / Thibault Camus

Au Liban, la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Des ambitions très "gaulienne" au fond. En juillet 1967, De Gaulle proclame au Québec son fameux : "Vive le Québec libre", ignorant voire méprisant les autorités canadiennes.

Ça lui a d'ailleurs valu un incident diplomatique : De Gaulle a dû écourter son voyage canadien. Hier, à Beyrouth Emmanuel Macron a d'ailleurs été très froidement accueilli par le président et le gouvernement libanais.

Paris, ancienne puissance coloniale au Liban...

Pourtant, la France n'a jamais été considérée au Liban comme une puissance coloniale violente et humiliante, comme elle a pu l'être en Syrie ou en Algérie. Paris a fait du Liban, en 1920, une république indépendante dont on fêtera le centenaire le 1er septembre.

Une image, dès les premières minutes de la visite d'Emmanuel Macron, résume bien cette relation filiale : sur la port de Beyrouth dévasté, un secouriste très ému s'adresse au président passablement interloqué en lui répétant : "Je suis votre fils".

Pour comprendre, il faut savoir que, surtout parmi les Chrétiens libanais, la France est toujours appelé (avec le sourire) "la tendre mère" du Liban, ou encore "mère France". Donc ce secouriste beyrouthin est bel et bien le "fils" de notre pays.

Le Liban se rappelle toujours au bon souvenir des présidents français

Plus qu'on ne l'imagine. D'abord elle a un passé d'interventions réussies. 

En 2005, le Premier ministre Rafik Hariri, ami intime du président Chirac, est assassiné en plein Beyrouth. La France obtient de haute lutte le départ des troupes syriennes du pays.

Plus près de nous, c'est la France qui a organisé à Paris, en 2018, la dernière conférence de bailleurs de fonds pour le Liban. Cette Conférence du Cèdre a promis 11 milliards de dollars, à la seule et unique condition que le Liban se réforme. L'argent attend toujours.

Par ailleurs, c'est Emmanuel Macron, dans un de ses tout premiers actes à l'étranger, qui – en novembre 2017 – a arraché des griffes du prince héritier Mohamed Ben Salman le 1er ministre libanais retenu en Arabie saoudite. 

Le Liban se rappelle toujours au bon souvenir des présidents français.

Sauver de la ruine un pays tout entier !

Là aussi le France peut beaucoup ! 

Un exemple : le FMI négocie depuis le 18 mai un prêt de 10 milliards sans parvenir à un accord. Le fait que ces pourparlers durent depuis près de trois mois alors que le pays est ruiné montre bien la paralysie des autorités libanaises. Or, la France entretient des relations privilégiées avec au moins deux des bailleurs du Liban : l'Europe et les monarchies du Golfe. Bruxelles exige des réformes structurelles de l'économie ; Riad un éloignement du Hezbollah pro-iranien du pouvoir.

C'est le rôle à venir du Hezbollah qu'il sera le plus compliqué à négocier. Tout simplement parce qu'il n'y a rien à négocier : le Hezbollah est trop enkysté dans la vie politique et militaire libanaise pour être ignoré. 

Il faudra donc contourner le problème : peut-être en aidant à rebâtir l'Etat libanais et en commençant par le réseau électrique. Et ça la France sait faire : l'Etat ça la connait, et l'électricité aussi. Ça tombe bien l'EDF local a été structuré à l'image du notre, comme l'Etat libanais d'ailleurs.

Il faut maintenant obtenir de la classe dirigeante libanaise une sorte d'aggiornamento. Là aussi, la France peut aider : qui mieux qu'elle connait les subtilités, les mesquineries et les ressorts de l'étouffante classe politique locale.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.