L’après-guerre se joue cette semaine. Si les Etats-Unis s’assurent le contrôle de Bagdad dans les jours voire les heures à venir, leurs difficultés initiales seront vite oubliées, la guerre aura peu duré, leur triomphe sera complet. Cette victoire donnerait alors raison aux faucons, le Vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Contrairement à ce que souhaitent la Chine, la Russie et l’Union européenne, Grande-Bretagne en tête, les Etats-Unis seraient, en conséquence, peu disposés à accepter que l’organisation de la transition irakienne soit confiée aux Nations-Unies. Enhardie par le sort des armes et fédérée par le succès, l’Amérique serait, au contraire, confortée dans l’idée qu’elle peut et doit se charger seule des affaires du monde. En l’occurrence, cela signifierait non seulement qu’elle serait tentée de prendre seule en charge le destin de l’Irak et de ne confier à l’Onu que des missions humanitaires mais qu’elle pourrait très vite aussi tourner ses regards vers l’Iran et la Syrie pour y favoriser des évolutions politiques internes. Avec d’imposantes forces aux frontières de ces deux pays, les Etats-Unis pourraient en effet se croire en situation d’y pousser leur avantage sans même devoir y faire la guerre. Si Bagdad est rapidement conquise, c’est, autrement dit, toute l’ambition de remodelage du Proche-Orient, l’objectif ultime de cette offensive irakienne, qui va se développer dans les mois et les années à venir. L’Irak n’aura alors été que le début d’une longue entreprise d’organisation de la suprématie américaine. A l’inverse, si le siège de Bagdad durait, si les combats multipliaient les victimes civiles et obligeaient Washington à choisir entre de lourdes pertes et des bombardements meurtriers aux répercussions politiques graves, la Maison-Blanche serait plus encline à repasser le flambeau à l’Onu dans des délais raisonnables. Les Nations-Unies et les idées de concertation et de loi internationales en reprendraient de la vigueur. La réélection de Georges Bush en serait compromise. Les projets de remodelage régional seraient oubliés, ce tableau général très largement différent. Rapide victoire, donc, ou longue bataille ? Depuis l’incursion américaine de samedi dans les quartiers périphériques de Bagdad, on ne peut plus exclure la première hypothèse. Il n’y a, pour ainsi dire, pas eu de résistance. La guerre est maintenant dans Bagdad. On en vient à se demander si les forces que Saddam Hussein avait concentrées dans sa capitale ne se sont pas d’ores et déjà débandées mais il est tout aussi possible que les généraux irakiens veuillent piéger les Américains en les incitant à passer à l’offensive avant l’arrivée de leurs renforts. On le saura bientôt mais, quels que soient les enjeux de l’après-guerre, personne ne peut souhaiter que dure la bataille de Bagdad car, outre les souffrances qu’elle infligerait, elle risquerait alors de précipiter une aventure régionale. Plus vite cessera cette guerre, moins incontrôlables seront ses conséquences.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.