Il y a, comme ça, des clins d’œil de l’Histoire. C’était le bicentenaire de la révolution française, de la naissance de la démocratie européenne, et la liberté mettait à bas tout l’empire soviétique. En cette année 1989, la perestroïka bat son plein en Union soviétique. L’opposition remporte les premières élections libres de la Pologne communiste. La Hongrie ouvre ses frontières occidentales et, à l’automne, le Mur de Berlin tombe sans que le Kremlin ne bouge. La guerre froide est finie, le communisme défait, l’URSS virtuellement morte. L’Amérique et l’Europe ont gagné mais la soudaineté de cette victoire vient lancer au processus d’unification européenne des défis que l’Union, seize ans plus tard, n’a pas encore surmontés, pas pleinement en tout cas. S’il n’y a plus de Mur, l’Allemagne s’unifie, devient le plus grand et le plus peuplé des pays de la Communauté et retrouve en Europe une centralité géographique que va symboliser le retour de sa capitale à Berlin. Lavée de la honte nazie par la liberté qui la transfigure, l’Allemagne redevient une puissance dont le poids - François Mitterrand le pressent aussitôt - va radicalement modifier l’équilibre du couple franco-allemand, de la locomotive de l’Europe. Dans ce couple, la France avait été nettement plus égale que l’Allemagne. Ce n’est plus le cas. C’est presque l’inverse et, pour restaurer un climat de confiance entre les deux pays, il faudra attendre 2003, l’année du quarantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande, le moment où Paris et Berlin se mettent finalement d’accord sur les grands principes qu’ils vont, ensemble, faire inscrire dans le projet de Constitution. Les plaies sont maintenant pansées. La guerre d’Irak a même soudé comme jamais Français et Allemands mais, outre qu’un « non » de la France au référendum jetterait une ombre sur ces retrouvailles, le malaise de 89 a laissé des traces. Devant le danger d’une cassure, François Mitterrand et Helmut Kohl avaient décidé de tremper coûte que coûte l’unité de l’Europe dans la réalisation de la monnaie unique. L’euro a joué son rôle. Il a étayé une unité ébranlée par la chute du Mur, porté de nouvelles avancées politiques mais, durant quatorze ans, personne n’a vraiment tenu le gouvernail de l’Union alors même que le bouleversement de la donne internationale appelait l’Europe à l’avant-scène. La guerre de Yougoslavie éclate. Le passé resurgit. L’Allemagne soutient les Croates, la France ne va pas accabler la Serbie. L’Europe est aux abonnés absents et, même quand elle se trouvera une position commune, elle n’a pas d’armée à faire intervenir. Ce sont les Etats-Unis qui mettront fin à cette guerre européenne et, pour la première fois, l’Europe se trouvera vilipendée par des Européens, accusée de ne pas assez exister par des courants d’opinion qui en concluront qu’il ne vaut donc pas la peine de la faire exister. L’éclatement yougoslave, la désunion franco-allemande qu’il a fait voir et l’inexistence de l’Europe politique au moment même où l’Histoire la sommait de se manifester ont largement contribué au développement de l’euroscepticisme. Cela faisait beaucoup pour l’Europe mais ce ne sont pas là les seuls problèmes que lui ait crées l’effondrement soviétique. Demain, la suite.

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