Après le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et, tout récemment, le Chili, le Pérou va-t-il devenir, dimanche, le sixième pays d’Amérique latine à passer à gauche ? Ce n’est pas joué mais très possible car un thème, un seul - le contraste entre l’ampleur des richesses naturelles du pays et l’extrême misère des 51% de Péruviens vivant au-dessous du seuil de pauvreté - domine la présidentielle dont le premier tour a lieu dimanche. Tout va bien au Pérou. Grâce à l’envolée des cours des matières premières, du cuivre, de l’argent, du zinc, de l’or, du gaz dont regorge le pays, la dette publique a été réduite à 38% du Produit intérieur brut, les réserves de devises dépassent les 14 milliards de dollars, la croissance est la plus robuste d’Amérique latine avec une moyenne de 5% par an depuis 2002 et le Produit intérieur brut par habitant est passé de 2100 dollars à 2875 depuis 2001. Tout va bien mais tout va mal car cette progression du PIB par habitant n’est qu’une statistique, économiquement vraie mais politiquement et socialement fausse puisque les uns s’enrichissent plus encore de ce boom dont les autres, la majorité, ne voient pas la couleur. La pauvreté n’est jamais aussi insupportable que lorsqu’une minorité profite, elle, d’un surcroît de richesses, d’une bonne santé qui devrait être commune mais ne l’est pas, et c’est ainsi qu’un lieutenant-colonel de 43 ans, Ollanta Humala, est soudain passé des 3% d’intentions de vote que lui accordaient les sondages en début de campagne à la position de favori avec 32% des électeurs prêts à lui donner leur voix. Fils d’un avocat communiste devenu l’apôtre d’une affirmation des populations issues de l’Empire inca contre les descendants de la colonisation espagnole, élevé donc dans un milieu d’extrême droite cultivant la supériorité de la « race cuivrée », Ollanta Humala s’était d’abord fait connaître pour avoir sauvagement combattu la guérilla maoïste du Sentier Lumineux. Il fut beaucoup dénoncé par les organisations de défense des Droits de l’Homme, à deux doigts de sérieux ennuis judiciaires, auteur aussi d’une tentative de putsch contre l’ancien Président Fujimori mais, depuis qu’il est entré en politique, il ne se veut « ni de droite ni de gauche mais d’en bas », candidat des plus pauvres que sont, très souvent, les Indiens. Militaire, il martèle que « le Pérou, c’est le bordel ! » et qu’il faut y « remettre de l’ordre ». Social, il veut nationaliser les ressources naturelles et augmenter les impôts des plus riches et expliquait, lors d’un meeting à Lima : « Nous en avons assez de former un peuple sans travail ni avenir, dont les jeunes font la queue devant les ambassades afin de quitter le pays et dont les ressources sont contrôlées par des compagnies étrangères ». Fasciné par Bonaparte, Humala est un autre Chavez, militaire porté, comme le Président bolivien, par la misère de son peuple. Il incarne une nouvelle gauche latino-américaine, proche du Péron ou du Mussolini des débuts, « un Frankenstein », dit le candidat social-démocrate Alan Garcia, autre favori de ce premier tour avec Lourdes Flores, candidate conservatrice et très très bon genre des libéraux.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.