Le malaise est, partout, profond. Les manifestations qui se sont produites, hier, à Londres, sur le passage de la flamme olympique se reproduiront, aujourd’hui, à Paris. C’est normal, sain, nécessaire car il serait consternant que la répression dont les Tibétains sont victimes ne suscite pas de protestations mais le dilemme n’est pourtant pas moins grand que ce malaise. Que faire ? Boycotter ces Jeux ? Appeler les chefs d’Etat et de gouvernement à s’abstenir, au moins, de se rendre à la cérémonie d’ouverture ? On en débattra sans fin mais le problème est qu’il n’y a plus de bonne solution. On peut difficilement demander à des sportifs dont toute la vie est tendue vers ce rendez-vous de soudain l’ignorer et compromettre leur carrière. On le peut d’autant moins que les grandes compagnies, elles, ne le feront car elles ont souhaité ce choix de Pékin pour pouvoir élargir leur présence sur le marché chinois. Une énorme machine financière est en marche et, maintenant, seuls des troubles d’ampleur, une insécurité des compétitions, pourraient l’arrêter. On ne peut guère plus aisément exiger des dirigeants des démocraties qu’ils s’engagent à ne pas faire le voyage alors qu’ils s’observent tous, anxieux de ne pas être seuls à prendre une décision qui compromettrait les relations de leurs pays respectifs avec la Chine et qu’on ne sait pas, en tout état de cause, comment cette crise tibétaine évoluera dans les mois à venir. La moins mauvaise des solutions serait que, tous ensemble, ils fassent planer le doute sur leur participation aux cérémonies d’ouverture afin d’amener le gouvernement chinois à un minimum de souplesse politique envers les Tibétains. Ce serait, là, le mieux mais, outre que l’unanimité ne s’est pas même faite sur cette attitude déjà bien compromise, imaginons un instant qu’on y arrive. Il y aura un moment où il faudra trancher, y aller ou pas, et sur quelles bases en décider alors ? Si le sang coule à flots, le problème ne se posera bien sûr plus mais si la situation est « normalisée » comme on disait aux temps soviétiques ? Si la rébellion tibétaine a été étouffée et que les portes de prisons se sont refermées sur elle, faudra-t-il faire, alors, comme si de rien n’était et donner, par une décision de participation, un satisfecit au gouvernement chinois ? Le féliciter, ainsi, d’avoir rétabli l’ordre ? Ce serait le pire, non pas une honte mais la honte au carré. Dans une telle situation, il n’y plus qu’à tâcher de ne pas répéter la même erreur à l’avenir. Si l’on veut éviter de se retrouver dans un même embarras lors de prochains Jeux, il ne faut plus jamais avoir ni à refuser la candidature d’une capitale au motif que le pays qui la présente n’est pas démocratique ni, encore moins, à la retenir pour des raisons d’opportunités économiques ou diplomatiques. Si l’on ne veut plus que Jeux olympiques et jeux politiques se mêlent, il faut une fois pour toutes désigner une capitale olympique permanente, celle d’un pays stable, démocratique et acceptable pour tous. En attendant, toutes les protestations pacifiques compteront et la plus efficace, la plus à même de faire infléchir les annonceurs et le comité olympique, sera de ne pas regarder les retransmissions.

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