Il y a deux manières de voir les choses. La première est de se féliciter de ce que la Commission européenne ait immédiatement accepté la demande d’aide financière que le Portugal a adressée hier à l’Union, comme la Grèce et l’Irlande l’avaient fait avant lui. C’est le signe que la solidarité entre Etats membres devient un réflexe naturel alors même que l’Allemagne avait, à l’origine, obtenu qu’elle soit au contraire interdite par les traités de peur que l’euro ne devienne un parapluie à l’abri duquel les Etats qui l’avaient adopté pourraient laisser filer leurs déficits. C’est au nom de cette crainte qu’Angela Merkel avait tant tardé à accepter que l’Union aide la Grèce et sérieusement aggravé la situation de ce pays par ses tergiversations. Cette page est tournée. L’Union européenne s’est dotée depuis d’un Fonds européen de stabilité financière créé pour que les aides puissent être dispensées sitôt demandées. L’Union a, parallèlement, entériné le principe d’une gouvernance économique commune et marche désormais vers la définition de politiques économiques européennes qui permettront d’instaurer, petit à petit, un minimum d’harmonie budgétaire et fiscale entre des pays qui ne peuvent pas s’en dispenser dès lors qu’ils ont une monnaie unique. Comme ses promoteurs l’avaient espéré, l’euro finit ainsi – bien tard et trop lentement mais tout de même – par resserrer les économies de ses pays. Le bon sens prévaut mais l’autre manière de voir les choses est que cette solidarité entre Etats membres a un prix. Pour en bénéficier, les pays qui en font la demande devront accepter de procéder à des « réformes structurelles » qui leur sont imposées et ces deux mots veulent dire coupes dans les dépenses qui s'ajoutent aux intérêts à payer puisque l’aide européenne n’est pas un don mais un prêt. Le Portugal devra passer par là comme la Grèce et l’Irlande ont dû le faire mais la cure est si rude et fait si mal qu’on ne peut pas se contenter de dire qu'il faut bien rembourser ses dettes lorsqu’elles deviennent intenables. Oui, bien sûr, il le faut. Europe ou pas, il n’y aurait pas de raison que les contribuables de pays moins endettés aient à supporter les frais de politiques déraisonnables menées par d’autres Etats membres. Ils ne l’accepteraient au demeurant pas. Cela mettrait tout autant l’Union en péril que la faillite de pays de l’euro. En un mot, il faut ce qu’il faut et cette solidarité européenne, quelle qu’en soit le prix, vaut évidemment mieux que la banqueroute pour les pays qui la demandent mais il n’en reste pas moins que les Grecs, les Irlandais, les Portugais demain et d’autres après-demain ont ou auront ainsi le sentiment que c'est l’Europe qui les affame comme le FMI le faisait hier avec le tiers-monde. Pour renforcer son unité et sa solidarité, l’Union se met en péril de se faire haïr et le seul moyen de parer ce danger serait qu’elle se dote aussi de politiques de relance communes, qu’elle s’attelle à sa ré-industrialisation, se défende contre le dumping des pays émergents et protège, par là, ses citoyens qu’elle ne peut pas seulement remettre dans le droit chemin en les mettant à la diète. Si les gouvernements européens ne le comprenaient pas, c’est au délitement politique qu’ils condamneraient l’Union.

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