En direct de Kigali

Pour ne pas employer de grands mots, ce n’est tout simplement pas vrai. Contrairement à ce que le président rwandais vient de redire, en des termes plus excessifs que jamais, il n’est pas vrai que la France ait eu un « rôle direct » dans la préparation du génocide des tutsis, qu’elle ait « participé à son exécution » et que ses soldats en aient été non seulement « complices » mais également « acteurs ».

Il aurait fallu pour cela que le gouvernement de cohabitation de l’époque, tout le monde politique français, ait voulu et conçu l’assassinat à la machette – pour quelle raison d’ailleurs ? – de 800 000 personnes, hommes, femmes et enfants… Non ! Avant même d’être infâmes, ces accusations sont totalement invraisemblables mais alors pourquoi Paul Kagamé les a-t-il proférées à la veille même des cérémonies marquant, aujourd’hui, les vingt ans de ce génocide ?

La première raison en est qu’il y a chez lui un immense ressentiment contre la France car il est, en revanche vrai que, dans les années précédant le génocide et jusqu’aux heures qui y ont mené, la France a soutenu le pouvoir issu de la majorité hutue, celui-là même dont l’aile la plus extrémiste a bel et bien conçu et organisé le génocide des Tutsis.

C’est une longue et très complexe histoire. Elle remonte aux décennies d’avant l’indépendance de ce pays où les colonisateurs belges avaient privilégie, pour s’appuyer sur elle, la minorité tutsie, des pasteurs considérés comme plus évolués et plus nobles que les agriculteurs hutus. Non seulement ils avaient ainsi semé les germes de la division du Rwanda mais, en partant, la Belgique a changé de pied, accordant soudain son soutien aux Hutus majoritaires qui devenaient les maîtres du pays. Cibles de massacres à répétition, beaucoup de Tutsis avaient alors fui vers des pays limitrophes et anglophones comme l’Ouganda d’où Paul Kagamé lance, en 1990, une offensive de reconquête du Rwanda avec la bienveillance des Etats-Unis.

C’est une bataille d’influence qui s’ouvre alors pour la France qui défend, là, le pouvoir hutu au nom de l’espace francophone et tente une médiation qui a tragiquement échoué puisqu’elle s’est terminée dans le génocide. Les responsabilités politiques de la France restent à débattre mais, pour Paul Kagamé, la France demeure l’allié du régime d’où sont sortis les assassins.

Compréhensible, c’est la première raison de ses accusations mais la seconde appelle moins d’indulgence. Ancien chef du renseignement ougandais, Paul Kagamé est un adepte de la force, un homme absolument remarquable qui a su reconstruire son pays mais un autoritaire auquel il ne fait pas bon s’opposer et qui lorgne sur les terres du riche Congo voisin où il soutient, depuis vingt ans et dans un flot d’horreurs, des tentatives de sécession qui permettraient d’étendre le Rwanda, trop petit pour sa population.

Droits de l’homme et impérialisme régional, Paul Kagamé est désormais en délicatesse avec les Etats-Unis et ses voisins africains. Son économie s’essouffle et ce clash organisé avec la France lui permet de se repositionner en intouchable artisan de la victoire des victimes d’un génocide qui fut le troisième du siècle dernier, après ceux des Arméniens de Turquie et des Juifs d’Europe.

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