Brouillard et incertitudes, ce sont des élections qui ne ressembleront à rien de connu. Dans un mois aujourd’hui, les Britanniques vont aux urnes pour renouveler les Communes, leur Assemblée nationale, mais ni les conservateurs ni les travaillistes ne semblent en mesure d’y remporter une majorité absolue.

Au coude à coude dans des sondages qui ne varient pas, les deux grands partis sont respectivement à 34% et 33% des intentions de vote, un tiers des voix chacun devant un troisième tiers hétéroclite composé des europhobes de UKIP à 13%, des Libéraux démocrates, les centristes europhiles, à 8%, des Verts à 5% et des nationalistes écossais du SNP à moins de 5% au niveau national mais si forts en Ecosse qu’ils devraient y rafler l’écrasante majorité des sièges et constituer un groupe parlementaire d’un poids déterminant.

Hier encore tout aussi constitutif de la Grande-Bretagne que l’est la monarchie, le bipartisme y cède la place à un éclatement de l’échiquier politique, le même que celui de tant d’autres pays européens où, à la grande exception de l’Allemagne, de nouvelles formations de gauche et d’extrême-droite viennent partout bouleverser la donne. Conduit par la gauche ou par la droite, par le conservateur sortant David Cameron ou le travailliste Ed Miliband, le prochain gouvernement britannique devrait donc être, pour la deuxième fois consécutive depuis la fin de la Guerre, un gouvernement de coalition mais sans que l’on puisse déjà dire entre qui et qui.

Sauf démenti des sondages ou évolution de l’opinion - possibilités qui ne sont certainement pas à exclure - c’est cependant la gauche qui devrait revenir aux affaires car c’est elle qui parait la mieux placée pour se trouver des alliés dans le troisième tiers, que ce soit les libéraux démocrates, les Verts, les nationalistes écossais ou deux d’entre eux. Une coalition de ce type écarterait ou repousserait la possibilité d’un Brexit, d’un British exit, d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne sur laquelle les conservateurs se sont, eux, engagés à organiser un référendum sous deux ans.

Cela ferait une incertitude de moins pour le Royaume-Uni et l’Union européenne mais l’entrée des nationalistes écossais dans un gouvernement de gauche reposerait, en revanche, la question d’une nouvelle consultation sur l’indépendance écossaise ou une fédéralisation du royaume.

Sortie de l’Europe ou fédéralisation, la Grande-Bretagne est ainsi à la veille, quelle que soit sa future majorité, de débats et décisions qui la changeront et pourraient, du même coup, changer l’Union qui ne serait plus la même sans le Royaume-Uni, pas forcément affaiblie mais fondamentalement différente, et dont les régionalismes, notamment espagnols, seraient fortement encouragés par une avancée du nationalisme écossais.

On ne sait pas. C’est le brouillard, un épais brouillard dans lequel travaillistes et conservateurs s’opposent, en attendant, sur le bilan économique du gouvernement sortant, indéniable baisse du chômage et bonne croissance ou baisse du niveau de vie, recul des classes moyennes et envolée de la précarité.

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