Cela aurait pu être bien pire. C’est même plutôt rassurant pour la pérennité de l’Union européenne puisque ce référendum d’initiative populaire sur la ratification du traité d’association entre l’Ukraine et l’Union a été massivement boudé par les Néerlandais.

Moins de 33%d’entre eux se sont rendus, hier, aux urnes, pas même un tiers des électeurs, ce qui est particulièrement peu pour un pays qui avait rejeté, par référendum aussi, le traité constitutionnel de 2005. Tout dit là que les Néerlandais se sont méfiés d’une consultation dont les promoteurs avaient tout mêlé, du pur rejet de l’Union à la peur d’un afflux d’immigrés ukrainiens en passant par la contestation des actuelles politiques économiques européennes ; le refus d’un nouvel élargissement, dont il n’est, au demeurant pas question ; le désir d’infliger un camouflet à la coalition gouvernementale en place à La Haye et la crainte de voir les Pays-Bas entraînés dans une confrontation militaire entre les 28 et la Russie.

Autant le « oui », oui à l’accord d’association économique avec l’Ukraine, était clair autant le « non » ne pouvait pas l’être puisqu’on ne savait plus ce qu’il refusait. C’est la démagogie d’une confusion voulue que l’abstention a finalement sanctionnée mais cela ne doit pour autant pas faire oublier qu’une écrasante majorité de ce petit nombre de votants, plus de 61%d’entre eux, a choisi le « non », choix qui amènera les Pays-Bas à demander des modifications de l’accord d’association et dont les significations sont multiples.

La première est qu’aux Pays-Bas comme partout en Europe se cimente un parti de la peur - peur d’une nouvelle époque, de l’immigration, du recul des cadres politiques nationaux et de l’émergence économique et politique de nouvelles puissances venant capter des pans entiers de l’emploi européen et relativiser le poids de l’Occident.

La deuxième est que ces peurs suscitent un rejet de l’Union et de l’idée même d’unité de l’Europe qui en sont venus à symboliser l’ampleur des bouleversements en cours.

La troisième est la constante érosion des grands partis de droite et de gauche, aujourd’hui coalisés aux Pays-Bas, auxquels toute une partie des électeurs européens reprochent, et non sans raisons, de ne pas savoir répondre à leurs peurs.

La quatrième est que cette évolution des échiquiers politiques ne fait pas que laisser monter de nouvelles extrêmes-droites mais crée, parallèlement, des convergences et parfois des rapprochements entre elles et une partie des extrêmes-gauches. Aux Pays-Bas comme partout en Europe, les questions nationales et sociales commencent à se fondre dans un même discours qui rappelle toujours plus celui des débuts du fascisme italien.

Quant à la cinquième signification des « non » néerlandais, elle est évidemment que l’idée d’unité européenne patine, recule et continuera de reculer tant que son ambition n’aura pas été clairement redéfinie dans un siècle qui n’est plus celui d’hier.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.