Où l'on voit comment le dernier des crimes de Bachar al-Assad laisse face-à-face les Etats-Unis et la Russie.

Image satellite de Shayrat Airfield à Homs, en Syrie. Image publiée par le Département de la Défense des États-Unis le 6 avril 2017 après avoir annoncé que les forces américaines ont mené une salve de missiles contre les forces aériennes syriennes
Image satellite de Shayrat Airfield à Homs, en Syrie. Image publiée par le Département de la Défense des États-Unis le 6 avril 2017 après avoir annoncé que les forces américaines ont mené une salve de missiles contre les forces aériennes syriennes © Reuters / DigitalGlobe/Courtesy U.S. Department of Defense/Handout via REUTERS ATTENTION E

Peut-être est-ce trop ou pas assez. Sans doute punir, comme à l’école, n’est-il pas une politique mais il faudrait tout ignorer de la dernière des attaques chimiques contre une zone tenue par les rebelles syriens et n’avoir jamais rien voulu savoir des crimes de Bachar al-Assad pour s’indigner de la frappe, plus de 50 missiles, ordonnée il y a quelques heures par Donald Trump contre la base aérienne d’où était partie l’attaque.

Ce crime n’est pas resté impuni. Moralement parlant, tant mieux, ce n’est que justice, mais politiquement parlant ?

Là, beaucoup de questions se posent car, enfin, c’est une base qui a été détruite et non pas l’aviation de Bachar al-Assad qui aurait été clouée au sol.

Le boucher de Damas dispose d’autres appareils. Il peut récidiver et il n’aurait pas même besoin d’à nouveau recourir aux armes chimiques pour mettre la Maison-Blanche au pied du mur puisque de nouveaux bombardements contre des zones d’habitation, de nouvelles victimes civiles et les clichés qui feraient immédiatement le tour du monde viendraient sommer Donald Trump d’ordonner de nouvelles ripostes ou d’admettre demain ce contre quoi il s’est soudainement insurgé cette nuit.

Et il n’y a pas que Bachar al-Assad. Ses deux alliés, les Iraniens et, surtout, Vladimir Poutine pourraient maintenant être tentés de tester la Maison-Blanche d’une manière ou l’autre et d’ouvrir ainsi une période d’extrêmes incertitudes alors que le président américain est, pour rester courtois, un homme inexpérimenté, que sa décision prend de court les alliés des Etats-Unis, que ses collaborateurs sont pour la plupart des novices et que la politique étrangère de Donald Trump restait à définir.

On est entré, depuis cette nuit, dans une zone dangereuse pour la stabilité internationale car le fait est que la Russie de Vladimir Poutine et les Etats-Unis de Donald Trump se trouvent maintenant face-à-face en Syrie, au cœur d’un Proche-orient en pleine implosion.

Est-ce à dire qu'il faudrait regretter cette décision américaine ?

Non car, outre qu’on aurait du mal à déplorer que, pour une fois, les crimes de Bachar al-Assad soient contrés, les regrets ne servent à rien.

C’est fait, c’est fait. Cela n’a rien de surprenant car, pour Bachar al-Assad, c’était le crime de trop comme on le disait dès avant-hier dans cette chronique mais force est de constater qu’on est soudain passé d’une passivité résignée à l’illusion que la force pourrait, à elle seule, résoudre un conflit dans lequel se mêlent

  1. l’aspiration des Syriens à la liberté ;
  2. les haines suscitées par la sauvagerie dont ce régime a fait preuve depuis 2011 ;
  3. le danger posé par Daesh, organisation en recul mais pas déjà défaite ;
  4. la rivalité régionale entre l’Iran chiite et la sunnite Arabie saoudite ,
  5. et ce n’est pas le moindre, la crédibilité de Vladimir Poutine, internationale et intérieure.

Alors, non, rien ne s’est résolu cette nuit et rien ne se résoudra en un jour ni même en dix ans.

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