Une vingtaine de personnalités américaines et européennes ont demandé à Donald Trump d’assouplir les sanctions contre l’Iran au nom de la lutte contre la pandémie de coronavirus, au nom de la sécurité du monde.

Camion de pompiers des Bassidjis, une branche des Gardiens de la révolution iraniens, désinfectant les rues désertes de Téhéran contre le coronavirus, le 3 avril 2020.
Camion de pompiers des Bassidjis, une branche des Gardiens de la révolution iraniens, désinfectant les rues désertes de Téhéran contre le coronavirus, le 3 avril 2020. © AFP / Fatemeh Bahrami / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Certaines catastrophes naturelles, dans l’histoire, ont été l’occasion de surmonter les barrières idéologiques ou les antagonismes nationaux. Pas le coronavirus, jusqu’ici : l’hostilité entre l’administration Trump aux États-Unis et l’Iran ne connait aucun répit, malgré les ravages de la pandémie dans les deux pays.

Washington maintient ses sanctions contre l’Iran, qui l’empêchent d’importer librement du matériel sanitaire, bien que la Santé ne fasse pas partie du champs des sanctions. Mais les entreprises étrangères redoutent les représailles américaines et s’abstiennent.

Pour cette raison, une vingtaine de personnalités américaines et européennes ont lancé hier un appel à l’administration Trump pour qu’elle assouplisse ces sanctions, au nom de la lutte contre la pandémie. Parmi elles, d’anciens Secrétaires Généraux de l’Otan, d’anciens ministres de différentes administrations républicaines ou démocrates, ou encore Federica Mogherini, l’ancienne cheffe de la diplomatie européenne qui avait négocié l’accord nucléaire avec l’Iran en 2015.

C’est une liste qui a du poids et représente l’establishment occidental traditionnel ; mais qui n’a guère d’influence auprès de Donald Trump. Le président américain a dénoncé l’accord avec l’Iran, l’un des actes les plus importants de Barack Obama, et en a retiré les États-Unis dès qu’il a pu. Il a ensuite imposé des sanctions unilatérales, dont un embargo pétrolier.

Donald Trump pratique ce qu’il appelle une « pression maximale », qui ressemble plus à une stratégie de changement de régime, convaincu qu’il est au bord de l’effondrement. Il ne semble pas prêt à changer de cap.

L’argument des signataires de l’appel est simple et cohérent. Ils expliquent qu’une pandémie touche tout le monde, et, je cite, « franchir les frontières pour sauver des vies est indispensable pour notre propre sécurité et doit dépasser les divergences politiques entre gouvernements ».

L’alternative est la politique du pire. L’Iran est en effet à l’origine de la diffusion du virus chez ses voisins, l’Afghanistan dont de nombreux réfugiés sont sur son sol, l’Irak, ou la péninsule arabique. Certains rivaux de l’Iran, comme les Émirats arabes unis, lui ont d’ailleurs envoyé de l’aide, tout comme les Européens. Mais avec les États-Unis, c’est l’impasse.
 

L’urgence est pourtant là. L’Iran est un des pays les plus touchés, avec 60.000 cas et quelque 3200 morts officiellement, sans doute plus en réalité. Les informations sur l’épidémie sont confuses, le gouvernement fait état d’un lent reflux, d’autres sources disent le contraire.

Il est évidemment toujours difficile de tendre la main à un adversaire, d’autant que le régime de Téhéran s’est durci dans l’adversité, relance du programme nucléaire, activisme des milices chiites en Irak, ou encore politiques d’otages étrangers comme on a pu l’entendre avec le témoignage de Roland Marchal un peu plus tôt,.

Mais permettre à l’Iran de mieux combattre le coronavirus n’est pas cautionner son régime. C’est d’abord une affaire de santé mondiale ; mais c’est un message difficile à faire entendre à Washington.

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