Pour briser le cercle vicieux de leur méfiance réciproque, ce sont les Européens qui font la navette entre les deux parties dans des lieux différents. Une formule qui permet de voir si les chances de relancer l’accord nucléaire de 2015 existent ou pas.

Autres temps, les Iraniens étaient descendus dans la rue pour exprimer leur joie en 2015, à l’annonce de la signature de l’accord nucléaire. Ici deux jeunes filles à Téhéran tiennent le portrait du négociateur iranien, Mohammed Javad Zarif.
Autres temps, les Iraniens étaient descendus dans la rue pour exprimer leur joie en 2015, à l’annonce de la signature de l’accord nucléaire. Ici deux jeunes filles à Téhéran tiennent le portrait du négociateur iranien, Mohammed Javad Zarif. © AFP / ATTA KENARE / AFP

Les grandes négociations commencent souvent par des questions d’intendance. Les pourparlers de Paris qui ont mis fin à la guerre américaine au Vietnam, en 1975, ont buté pendant des jours sur la forme de la table. A la Conférence de Madrid qui a suivi la première guerre du Golfe en 1991, la question était de savoir comment faire venir les Palestiniens sans qu’ils ne soient vraiment présents…

Cette fois, le sort du nucléaire iranien bute depuis l’élection de Joe Biden, sur la manière de se parler sans se parler, entre Iraniens et Américains. Téhéran ne voulait pas de contact direct avant la levée des sanctions unilatérales décidés par Donald Trump, et Washington ne pouvait pas se permettre de lever la garde sans un minimum d’assurance sur les intentions iraniennes. 

Après deux mois et demi, le génie de la diplomatie a trouvé la solution : l’Iran rencontre depuis hier à Vienne les signataires actifs de l’accord nucléaire : la Russie, la Chine, l’Allemagne, la France, le Royaume Uni, ainsi que la Commission européenne ; mais sans les États-Unis qui s’en sont retirés en 2018. Les Américains se trouvent quant à eux dans un autre lieu… Entre les deux, c’est la diplomatie européenne qui fait l’aller-retour, les apparences sont sauves.

Cette mise en scène est rendue nécessaire par le fait que les forces qui ne veulent pas d’une reprise de ces négociations, et pire encore, d’une remise à flot de l’accord nucléaire de 2015, sont puissantes. A Téhéran, l’aile dure du régime n’avait déjà pas apprécié le premier accord, elle voit d’un mauvais œil sa résurrection ; et même les négociateurs de 2015 sont méfiants, après le revirement américain sous Trump.

A Washington, les Républicains y sont hostiles, sensibles au discours israélien, mais aussi en raison d’une haine tenace vis-à-vis du régime de Téhéran, qui remonte à la prise d’otages de l’ambassade américaine à l’époque de la révolution islamique. Mais une partie des démocrates partage ce point de vue et Barack Obama avait eu du mal à faire accepter sa démarche en 2015.

Ajoutez-y les acteurs régionaux, Israël, l’Arabie saoudite, alliés des États-Unis mais ennemis de l’Iran, ça fait du monde qui guette le moindre faux-pas.

Mais Joe Biden avait fait du sauvetage de l’accord nucléaire un engagement de campagne, et il tient parole. Il a ainsi imposé Robert Malley, un ancien de l’équipe Obama, farouche soutien de l’accord, comme négociateur, malgré un vent de fronde à Washington.

Mais ça ne suffit pas pour aboutir à un accord, car les sujets de contentieux sont nombreux. Dans un premier temps il s’agit d’un double mouvement : levée des sanctions américaines d’un côté, retour à la lettre de l’accord pour l’Iran, qui a repris ces derniers mois l’enrichissement d’uranium. L’agence internationale de l’énergie atomique serait chargée de veiller au respect de ces engagements.

Cette première étape est nécessaire car elle bloquerait la marche inexorable de l’Iran vers la bombe à relativement courte échéance ; mais elle n’est pas suffisante. Les Occidentaux veulent ce qu’on appelle dans le jargon de la négociation un « JCPOA-plus », c’est-à-dire l’accord de 2015 élargi à deux nouveaux champs, les missiles balistiques et l’activisme régional de l’Iran.

Ce n’est pas gagné, mais le fait que la première étape, celle d’un dialogue certes indirect mais néanmoins renoué, ait pu se tenir montre que les deux parties tiennent à cet accord, pas forcément pour les mêmes raisons. Ca suffit pour avancer, et c’est déjà beaucoup.

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