Il fut un temps où c’était la force de la Russie qui était à craindre. C’est aujourd’hui sa faiblesse, celle de son Président en tout cas, qui devient inquiétante car, jour après jour, Vladimir Poutine, furieux mais désemparé, vindicatif mais impuissant, donne de plus en plus l’impression d’avoir été mis KO debout par la crise ukrainienne. Vendredi dernier, en Inde, c’est aux Etats-Unis qu’il s’en prenait sans les nommer en les accusant d’exercer une « dictature sur les affaire du monde ». Hier, à Ankara, c’est contre l’ensemble de l’Occident qu’il se déchaînait, dénonçant des « donneurs de leçon au casque colonial » prêts, a-t-il dit, à « punir l’autochtone en le matraquant à coup de bombes comme à Belgrade », à séparer l’Ukraine entre « habitants de première et de seconde catégorie » comme le sont en Allemagne, a-t-il ajouté, ceux de l’Est et de l’Ouest. En trois jours, Vladimir Poutine vient ainsi d’avouer l’échec de son alliance avec Georges Bush et de tourner le dos à une constante de la diplomatie russe, la volonté de séparer l’Europe des Etats-Unis, de toujours cajoler la première pour ne jamais se retrouver face à un bloc occidental. Comme si l’Europe avait voulu ce coin que les Etats-Unis souhaitaient effectivement enfoncer entre Kiev et Moscou, Vladimir Poutine les met dans le même sac et ne se contrôle plus mais pourquoi ? Et où cela peut-il mener ? La raison, d’abord, en est que la Président russe vient d’essuyer, en Ukraine, un triple échec. Il avait cru pouvoir y faire élire un homme de Moscou mais la grossièreté de ses ingérences dans la campagne électorale et des fraudes qui ont suivi ont abouti au résultat que l’on sait. Il avait cru pouvoir reconstituer, après cette élection, l’aire d’influence russe en réunissant l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan dans un pendant oriental de l’Union européenne dont Moscou aurait été le centre et ce projet, cette revanche historique sont maintenant à l’eau. Il avait enfin cru qu’en resserrant les liens avec l’Ukraine, il s’assurerait un regain de prestige sur la scène intérieure russe et redonnerait un statut de grande puissance à la Russie et il se retrouve aujourd’hui humilié, affaibli, en Russie comme dans le monde. Vladimir Poutine ne voit là que le résultat d’un complot ourdi à Washington et mené, au nom de l’Europe, par la Pologne pro-américaine et ancien secrétaire-général de l’Otan, Javier Solana, le Haut Représentant de l’Union pour la politique étrangère. Dans la phase actuelle, il croit donc sauver la face en haussant le ton, s’assurer des sympathies internationales en dénonçant l’Occident à Delhi et Ankara mais la Turquie regarde vers l’Europe, l’Inde vers les Etats-Unis et tout cela ne mène à rien. Les Etats-Unis sont sans doute ravis de ce qui se passe à Kiev mais ce n’est pas eux mais Vladimir Poutine qui a provoqué cette révolution. Il n’est pas temps, pour la Russie, de vitupérer mais de devenir un peu plus subtile, de s’entendre avec l’Europe et non pas de rompre avec elle, de définir, avec l’Union, une complémentarité dont une Ukraine liée aux deux pôles du continent serait le garant. Il en est encore temps mais ce genre de discours n’y mène pas.

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