La secrétaire d’Etat américaine multiplie les déclarations sur les accusations de torture et d’organisation de prisons secrètes portées contre son pays mais elle ne parvient pas, et bien au contraire, à rassurer. Avant de quitter Washington pour l’Europe, elle expliquait ainsi, lundi, que les Etats-Unis devaient « s’adapter » car, disait-elle, « les terroristes n’entrent pas aisément dans les cases des système traditionnels de justice criminelle ou militaire conçus pour d’autres besoins ». Mme Rice n’a pas précisé en quoi les systèmes de justice établis et légaux ne pourraient pas poursuivre les terroristes en question. Elle n’a pas non plus dit ce que signifiait, en l’occurrence, « s’adapter ». Elle a, en revanche, estimé qu’il « appartenait aux gouvernements européens et à leurs citoyens de décider s’ils veulent œuvrer avec nous pour empêcher des actes de terrorisme contre leur propre pays et d’autres nations » ; rappelé, avec une sorte d’amertume, que « les Etats-Unis étaient un pays ami de la plupart de ces pays » et refusé, surtout, de commenter les informations de presse sur l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe de l’Est en expliquant qu’il s’agissait là « d’informations classées ». « Si des erreurs ont été commises, nous nous évertuerons à les rectifier le plus rapidement possible », a-t-elle ajouté, hier, à Berlin mais elle semblait faire allusion à des erreurs sur des personnes et non pas à l’erreur fondamentale légale, politique et morale que constitue la détention de suspects en dehors d’une décision de justice. A cette heure, le seul démenti formel opposé par les Etats-Unis aux accusations de la presse américaine porte sur l’usage de la torture, nié par Mme Rice et par Georges Bush lui-même qui affirmait, mardi : « Nous ne remettons pas de prisonniers à des pays qui pratiquent la torture ». C’est à croire que le Président américain ignore à quels pays les Etats-Unis remettent des priso nniers ou n’a jamais lu les rapports du département d’Etat sur l’usage de la torture, pays par pays. Ce démenti présidentiel n’est en rien crédible et force est de constater que, loin de vouloir revenir en arrière sur la manière dont ils « s’adaptent » face à des lois, nationales et internationales, qu’ils jugent apparemment obsolètes, les Etats-Unis entendent poursuivre sur cette voie, celle des prisons secrètes et de la « rendition » de prisonniers à des pays alliés, connus pour entretenir des équipes de tortionnaires. A en croire la chaîne de télévision américaine ABC, la CIA aurait fermé ses « sites noirs » d’Europe de l’Est après que leur existence eut été révélée par le Washington Post mais, pour le reste, l’Europe est clairement priée de mettre une sourdine aux inquiétudes exprimées par l’Union et huit de ses capitales. Désarçonnée par ses échecs, tout entière mobilisée par la quête d’un compromis sur son budget, peu soucieuse, surtout, d’ajouter à ses divisions en allant croiser le fer avec Washington, il est à craindre qu’elle ne plie bien vite devant cette injonction. Activement ou passivement, les démocraties sont en train d’oublier ce qui fait leur force, le droit, la loi, l’habeas corpus et tous les principes qui en découlent – cette supériorité morale qui avait été leur première arme contre le communisme.

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