Il n’y a maintenant plus qu’une question : Georges Bush peut-il accepter cela ? Peut-il accepter, comme viennent de le lui recommander les membres, républicains et démocrates, d’une commission bipartisane présidée par James Baker, l’ancien secrétaire d’Etat de son père, de faire, point par point, le contraire de ce qu’il a jusqu’à présent fait ? Peut-il accepter, premièrement, de rappeler, sous quinze mois, la majeure partie des troupes américaines d’Irak et de n’y laisser que des forces d’entraînement et d’appui ? Peut-il accepter, deuxièmement, d’engager un dialogue « direct » avec l’Iran et la Syrie au motif, dit le rapport, que ces pays ont « la capacité d’influer sur les événements irakiens » et que « leur intérêt est d’éviter le chaos » ? Et, troisièmement, peut-il accepter de promouvoir, d’ici au 31 décembre 2006, c’est-à-dire demain, un « engagement renouvelé et permanent des Etats-Unis en faveur d’une solution globale » du conflit israélo-palestinien, d’organiser à cet effet « des discussions directes avec et entre Israël, le Liban, la Syrie et ceux des Palestiniens qui acceptent le droit à l’existence d’Israël » et d’inciter les Israéliens à restituer le Golan à la Syrie en échange d’un arrêt de ses ingérences au Liban et de son soutien aux groupes radicaux palestiniens et libanais ? Ce rapport constitue un tel désaveu de la politique de Georges Bush qu’on serait tenté de répondre que, non, il ne pourra pas accepter cela mais ce serait sous-estimer la réalité, intérieure et internationale, auquel ce Président fait maintenant face. Désormais majoritaires au Congrès, les Démocrates ont immédiatement applaudi ce rapport dont ils sont les co-auteurs avec toute l’aile réaliste du parti républicain conduite par l’entourage du premier Président Bush. Non seulement la famille Bush, les deux partis et la majorité parlementaire somment, dès cet instant, Georges Bush de suivre les recommandations de James Baker mais elles ont été immédiatement approuvées par la Grande-Bretagne. Tony Blair est, aujourd’hui, à la Maison-Blanche. Il va y appeler à ne pas tarder à prendre ces tournants en faveur desquels vont également pousser les Européens, les pays arabes et, avant tout, la dégradation continue de la situation en Irak et dans la région. La réalité est que Georges Bush n’a guère le choix. Il le sait si bien qu’il l’a déjà reconnu en nommant Robert Gates à la Défense, un homme issu de cette Commission Baker, mais le problème, le vrai, est de savoir s’il n’est pas déjà trop tard pour opérer ce virage. On peut espérer que non car l’Iran comme la Syrie auraient tout intérêt à monnayer leur réintégration dans le concert des nations et que les Palestiniens comme les Israéliens n’en peuvent plus d’une guerre sans fin qui ne les mène qu’à la catastrophe. Ce rapport fait naître un espoir mais les ambitions de l’Iran, la confusion et la méfiance sont devenues telles dans la région qu’il est bien tard pour le bon sens, peut-être pas trop tard mais très tard.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.