Le scepticisme et l’optimisme sont aussi justifiés l’un que l’autre. Les sceptiques ont raison de dire qu’il y a bien des chances que ce sommet de Copenhague ne s’achève, dans deux semaines, que sur un accord définissant les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique et que le consensus sur les moyens à mettre en œuvre – le plus important, le concret – ne soit remis à des rendez-vous ultérieurs et, donc, aléatoires. Ce scénario est plausible, voire probable, puisque les pays les moins développés ne voient pas pourquoi ils devraient ajouter des freins à leur croissance alors qu’ils ne sont certainement pas les plus coupables des dangers qui menacent la planète ; que les pays émergents voudraient logiquement qu’on tienne compte du fait que leurs industries ne contribuent au réchauffement que depuis deux ou trois décennies alors que la révolution industrielle occidentale date de plus d’un siècle et demi et que les pays les plus développés, enfin, refusent de porter une trop grande part du fardeau alors que l’industrialisation accélérée, et formidablement polluante, des pays émergents concurrence toujours plus leurs propres industries. Cette question de la répartition de l’effort et des aides que les plus riches devront apporter aux plus pauvres est loin d’être résolue. Il sera d’autant plus difficile qu’elle le soit en deux semaines de débats que chacun des plus grands pays, des plus grands acteurs, autrement dit, de ce sommet, a choisi des années de référence différentes dans la fixation de ses objectifs en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. A Copenhague, ce sera la tour de Babel. Personne ne parlera la même langue. Personne n’aura intérêt à trouver un langage commun qui mettrait chacun devant ses responsabilités. La partie sera si difficile que les marchandages risquent bel et bien de demander ces rendez-vous ultérieurs, cette perte de temps que les sceptiques ont raison de craindre et de dénoncer à l’avance mais l’optimisme, pourtant, n’est pas injustifié non plus. Il ne l’est pas, d’abord, parce que les chefs d’Etat et de gouvernement, Barack Obama en tête, ont finalement décidé d’être présents en nombre à Copenhague pour les derniers jours du sommet. Cela signifie tout à la fois qu’ils ont l’espoir et la volonté de ne pas en repartir sur un échec et qu’ils ont senti que l’inquiétude sur l’avenir de la planète était devenue partout si profonde qu’ils ne pouvaient plus se permettre de ne pas agir, en première ligne. Quelque chose a changé dans la perception mondiale de la réalité et des dangers du réchauffement. C’est la deuxième raison d’optimisme car on assiste, là, à l’émergence d’une prise de conscience et d’une opinion mondiales, phénomènes aussi totalement neufs qu’encourageants. A des degrés divers, bien sûr, mais sur les cinq continents, le genre humain comprend désormais que le changement climatique en cours doit être limité car il sera beaucoup plus difficile à surmonter que les précédents sur une terre à peu près partout surpeuplée. Copenhague est le premier signe d’amorce d’une gouvernance mondiale que la question climatique n’est pas seule à requérir.

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