Ce n’est pas déjà ça. On n’en est pas encore, et loin de là, à l’établissement d’une relation privilégiée mais, entre la Pologne et la Russie, il se passe quelque chose qui commence à ressembler à la réconciliation franco-allemande. Tout séparait ces deux pays entre lesquels il n’y a pas seulement eu des guerres mais aussi la décision de l’empire russe d’effacer la Pologne de la carte européenne au 19ième siècle avant que Staline ne l’absorbe au bloc soviétique, après la Deuxième guerre mondiale, en lui imposant par la force un régime dont elle ne voulait pas. Le ressentiment historique des Polonais en était tel que, lorsque leur pays est sorti du communisme et qu’ils ont intégré l’Union européenne, ils y étaient devenus, avec les Pays Baltes, les principaux adversaires de tout rapprochement entre l’Union et la Russie qu’ils voulaient, au contraire, entourer d’un cordon sanitaire en faisant entrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’Otan. S’il y avait un sujet d’unanimité nationale en Pologne, c’était la peur et le rejet de la Russie mais, hier, en visite d’Etat à Varsovie, Dmitri Medvedev, le président russe, a pu entendre Lech Walesa lui-même appeler à développer la coopération entre ces deux pays qui souhaitent entretenir, désormais, des relations amicales. « Quand nous nous disputons, d’autres en profitent. Il faut normaliser nos relations », a lancé le fondateur de Solidarité, le syndicat libre dont la naissance avait sonné, en 1980, le glas du soviétisme. « Les jeunes Russes sont très ouverts, bien éduqués, intelligents et prévisibles. On peut très bien s’entendre avec eux », a-t-il ajouté en écho au président polonais, Bronislaw Komorowski, qui a estimé, lui, qu’on « ne pouvait pas décevoir cette majorité de Polonais qui attendent une amélioration des relations russo-polonaises ». C’est un changement climatique qui est en cours au cœur de l’Europe et il remonte au conflit de l’été 2008 entre la Russie et la Géorgie. A la plus grande stupeur des Polonais, l’Amérique n’avait alors pas levé le petit doigt pour défendre les Géorgiens. L’Amérique s’était mise aux abonnés absents et la Pologne avait bien dû en conclure que la confrontation avec la Russie ne menait nulle part. Elle s’était bientôt convaincue qu’elle devait définir les termes d’une coexistence avec son ennemi séculaire et la Russie, parallèlement, n’avait pas tardé à comprendre qu’elle tenait, là, l’occasion d’une réconciliation historique avec un pays dont le poids est grandissant dans l’Union européenne. Désireuse de se rapprocher de l’Union et de l’Otan, la Russie a, en conséquence, multiplié les gestes de bonne volonté vis-à-vis de la Pologne, notamment en reconnaissant la responsabilité directe de Staline dans le massacre, en 1940, de quelques 22 000 officiers polonais à Katyn. Les plaies de l’histoire cicatrisent. « Les relations polono-ruses ne doivent plus être otages du passé », martèle Dmitri Medvedev qui, de son côté, joue la carte du rapprochement avec les Occidentaux pour s’affranchir de Vladimir Poutine et moderniser et libéraliser la Russie. Comme, hier, la réconciliation franco-allemande, ce rapprochement polono-russe est en train de modifier, et toujours plus vite, la donne européenne.

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