C’est un grand classique, sous toutes les latitudes et de tous les temps. Une situation se tend, des violences éclatent, l’inquiétude gagne tous les milieux et toutes les forces politiques, y compris celle qui détient le pouvoir, et c’est alors au chef d’Etat d’intervenir. On annonce son allocution après un long silence. Elle est retardée. Une attente, un suspens, sont délibérément créés afin de redonner l’initiative au président et c’est exactement ce qui vient de se passer en Egypte.

Après les deux semaines de troubles suscitées par le décret en vertu duquel il s’était temporairement attribué tous les pouvoirs afin de hâter la rédaction du projet de Constitution et de le soumettre à référendum dès samedi en huit, après ce coup de force politique qui avait révulsé et uni tous les courants de l’opposition moderniste, Mohamed Morsi est apparu hier soir sur les écrans de télévision et qu’a dit ce président islamiste élu en juin dernier ?

Il a déploré le nombre des victimes, blessées ou tuées dans les manifestations t fait une différence entre la liberté d’expression, à respecter bien sûr, et les actes de sabotage qu’il ne tolérera évidemment pas. Il a ouvert la porte à un assouplissement de ses pleins pouvoirs, invité tous les opposants à venir dialoguer avec lui samedi en son palais protégé par des chars et naturellement réaffirmé l’essentiel : le référendum qui se tiendra bien, à la date prévue, sur un texte dont le pays n’aura matériellement pas le temps de débattre.

Il y a là trois habiletés d’un coup. L’incendiaire, d’abord, se pose en sage, en grand-père de la nation soucieux du calme et de la stabilité du pays. Le président, ensuite, se campe en partisan du dialogue après avoir tout fait pour passer en force. Le chef de parti, enfin, l’élu des Frères musulmans, met ses opposants au pied du mur en leur demandant de venir lui faire leurs propositions de résolution de la crise qu’il a lui-même créée.

C’est bien… Oui, disons le mot, bien ficelé, aussi classique que l’intervention que l’on fait attendre et cela met maintenant l’opposition devant des choix difficiles. Si elle accepte l’invitation de samedi, elle conforte Mohamed Morsi dans ce rôle d’homme de bonne volonté qu’il vient de se composer. Si elle refuse de se rendre au palais présidentiel, c’est elle qui refuse le dialogue ce qui n’est jamais bon. Si elle négocie un compromis sur les pleins pouvoirs, elle est quasiment obligée d’accepter un référendum qu’elle a de grandes chances de perdre car les électeurs islamistes se mobiliseront en nombre alors que les modernistes auront la tentation de rester chez eux plutôt que d’aller avaliser un coup de force. Pour l’opposition, c’est la quadrature du cercle et il serait miraculeux que son unité y résiste.

Mohamed Morsi vient, en un mot, de marquer un point mais, en admettant même qu’il remporte ce référendum dont il fera un plébiscite, il y aura des législatives à organiser après l’adoption de la Constitution et les Frères musulmans sont loin d’être sûrs de les remporter car, à l’épreuve du pouvoir, leur popularité décroît de mois en mois. Les révolutions sont soudaines mais leur aboutissement est affaire de longue haleine.

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