Le résultat des régionales françaises n’est pas que français. Il est européen car il n’y a pas qu’en France qu’une nouvelle extrême-droite a maintenant trouvé sa place sur l’échiquier politique où elle fait désormais jeu égal avec les droites et les gauches qui le dominaient jusqu’à présent.

Non seulement il y a des partis semblables au Front national dans presque tous les pays de l’Union mais tous se sont développés, au même rythme ou presque, dans ce même quart de siècle qui nous sépare de l’effondrement soviétique et pour les même raisons.

En vingt-cinq, nous sommes sortis d’un équilibre de la terreur qui garantissait une stabilité somme toute rassurante. Nous avons vu émerger de nouvelles puissances dont l’essor a soudain mis à bas cinq siècles de prééminence occidentale et avons toujours plus ressenti les sanglantes secousses d’un islam cherchant sa voie après huit siècles de décadence.

Toujours en cours, ces trois bouleversements ont nourri des peurs qui ne cessent de croître. Dans un monde redevenu dangereux, les Européens ne se sentent plus protégés parce qu’ils n’ont pas de Défense et que le parapluie américain se referme. Les salariés européens voient s’effriter une protection sociale dont plus rien ne garantit la pérennité puisque le capital n’est plus prêt à accorder au travail les mêmes concessions qu’aux temps du communisme et que la transformation des pays émergents en usines du monde exerce une formidable pression sur les salaires en désindustrialisant l’Europe.

Il y a ainsi une logique au succès de nouvelles extrêmes-droites qui se sont habillées en défenseurs des avantages autrefois acquis et prônent la fermeture des frontières et la fin du libre-échange. Comme aux débuts du fascisme italien et du national-socialisme allemand, le nationalisme et l’angoisse sociale se mêlent dans le plus explosif des cocktails et ce retour des nationalismes est lui-même nourri d’un double rejet - celui de l’islam perçu comme globalement mortifère et celui de l’unité européenne de plus en plus rejetée comme cheval de Troie de la mondialisation et fossoyeur des Etats dans lesquels s’étaient négociés les compromis sociaux d’après-guerre.

Si rien ne vient les arrêter, ces nouvelles foces mèneront l'Europe à une catastrophe économique car le recours au protectionnisme casserait les exportations européennes tandis qu’un retour aux monnaies nationales plongerait les pays de l’Union dans une suicidaire compétition au moins-disant monétaire. Les difficultés sociales n’en seraient pas réduites mais démultipliées et, parallèlement, le rejet des musulmans car musulmans conduirait bientôt à des troubles d’ampleur nationale et internationale.

Les pays européens ne peuvent pas se laisser paralyser par leurs extrêmes-droites. Il y a là un péril qu’il faut parer et il ne pourra l’être qu’à la condition que les gauches et les droites dénoncent vraiment, et de front, la folie de ces programmes et s’unissent - ne se fondent pas mais s’unissent - pour leur opposer les majorités de compromis qu’elles pourraient constituer ensemble chaque fois que nécessaire et que les deux tiers des Européens souhaiteraient voir naître.

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