Pas d’ambigüité, je n’en sais rien. Je n’ai pas même cherché à savoir car je sais qu’il n’y a pas de confidences sur de tels sujets mais j’ai lu et entendu.

J’ai lu, car c’est officiellement annoncé, que le président de la République sera après-demain vendredi sur le Charles De Gaulle, au large des côtes syriennes, pour souligner l’importance de la mission des soldats français participant à la lutte contre Daesh et leur rendre hommage.

Quelques heures auparavant, j’avais entendu Mme Merkel déclarer devant le congrès de son parti : « Alep, c’est une honte. C’est une honte que nous ne soyons pas parvenus à mettre en place des couloirs humanitaires mais nous devons continuer à nous battre ». « Le combat contre la menace asymétrique du terrorisme islamiste, avait-elle poursuivi, devrait être mené en commun mais, au lieu de cela, la Russie et l’Iran soutiennent le régime Assad dans son action brutale contre sa propre population ». Et puis, dans ce qui était un véritable appel à manifester, Angela Merkel avait déploré - c’était fort - que personne ne descende dans les rues pour protester contre ces bombardements alors que tant de gens l’ont fait pour dénoncer le projet de traité commercial entre l’Europe et les Etats-Unis.

J’ai lu, j’ai entendu et je me suis pris à rêver qu’avec les positions qui sont les leurs, la chancelière rejoigne vendredi François Hollande sur le Charles de Gaulle et que d’un coup d’hélicoptère, la France et l’Allemagne se rendent ensemble à Alep.

Je ne sais pas si ce serait possible.

Je n’en sais vraiment rien mais si Alep est une « honte » - et c’en est une, absolue, totale - et si la France et l’Allemagne considèrent, à juste titre, que les bombardements russes ne visent pas Daesh qui a été chassé de cette ville martyre par des insurgés aujourd’hui massacrés par la Russie, l’Iran et le régime de Damas, Angela Merkel et François Hollande auraient alors toute raison de se rendre à Alep.

Ce n’est pas de la naïveté, c’est du réalisme. Je sais, comme chacun, et le disais dès la semaine dernière que l’insurrection perd cette bataille qu’elle ne peut plus gagner mais la diplomatie n’oblige pas forcément à voler au secours de la victoire, celle du boucher de Damas en l’occurrence.

Comme la politique, la diplomatie demande aussi de voir au-delà de l’instant présent, de penser au long terme et de prendre date. Bachar al-Assad et ses alliés vont s’adjuger Alep mais que feront-ils de leur victoire ? Comment reconstruiront-ils ce pays ? Comme le stabiliseront-ils alors que plus de 60% des Syriens sont sunnites, que le régime est issu d’une branche du chiisme et que les deux religions de l’islam sont engagées dans une guerre d’influence régionale qui pourrait bien devenir une guerre de Cent ans ?

Pour la chancelière et le président, aller à Alep, ce serait symboliquement et spectaculairement rappeler que les armes ne peuvent rien résoudre et que la paix ne viendra que d’un compromis négocié. Ce serait faire entendre la Raison et préparer l’avenir. Ce serait l’honneur de l’Europe et son intérêt.

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