Avec sa décision sur Jérusalem, Donald Trump contrarie sérieusement le rapprochement israélo-saoudien

Palestiniens en tête, le monde arabe est fatigué. Il l’est des guerres, de la violence, de ses désillusions surtout puisque les révolutions démocratiques de 2011 n’ont pas porté plus de fruits que le panarabisme, l’islamisme et la décolonisation elle-même. 

     Cette fatigue est telle qu’il ne faut sans doute pas s’attendre à un embrasement des villes arabes après la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël. Il y aura des manifestations, probablement d'ampleur et peut-être aussi des attentats contre des intérêts américains. La Ligue arabe et l’Organisation de la Coopération islamique vont évidemment condamner cette décision mais rien de tout cela ne devrait aller bien loin car ce qui est fait est fait. 

     Reste donc à voir si le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a autant de raison de se réjouir qu’il le dit et si Donald Trump aura maintenant les moyens, puisqu’il affirme cette intention, de travailler à un règlement de paix fondé sur la coexistence de deux Etats, israélien et palestinien.

La réponse est deux fois non. La solution à deux Etats passait par un partage de Jérusalem qu’Israéliens et Palestiniens considèrent comme leur capitale et à laquelle ni les uns ni les autres ne peuvent renoncer sans s’admettre vaincus. Le Président palestinien, le très réaliste et si modéré Mahmoud Abbas, a d’ores et déjà répondu à Donald Trump, en parodiant la Constitution israélienne, que Jérusalem resterait la « capitale éternelle » de la Palestine. Les Israéliens, de leur côté, n’auraient aucune raison de renoncer maintenant à la  Jérusalem une et indivisible qu’ils ont unifiée après leur victoire de la Guerre des 6-Jours. 

En bon français, la solution à deux Etats, c’est foutu, pour longtemps foutu, et le paradoxe est que Benjamin Netanyahou n’a aucune raison de s’en féliciter, bien qu’il n’ait jamais envisagé de repartager Jérusalem et n’adhère qu’en mots à l’idée des deux Etats. 

A bien y regarder, l’annonce de Donald Trump vient en effet contrarier et peut-être torpiller une autre partie, plus souterraine, moins spectaculaire et autrement plus subtile que son discours d’hier. Face à la percée iranienne dans tout le Proche-Orient, face à l’avancée de l’Iran chiite en terres sunnites et à sa projection, par Hezbollah interposé, jusqu’à la frontière Nord d’Israël, les pays sunnites, Arabie saoudite en tête, se sont considérablement rapprochés d’Israël. 

La collaboration de leurs services secrets est toujours plus intense et leurs contacts politiques toujours plus fréquents. A terme, il y avait là la voie d’un accord de paix mais beaucoup de choses ont aujourd’hui été compromises par la volonté de Donald Trump de parer l’enquête russe en resserrant ses liens avec la droite chrétienne qui est plus israélienne que les Israéliens.

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