Jacques Chirac hier, a coupé court aux rumeurs. Face aux dirigeants britanniques et américains qui ne cessent de faire dire que la France, finalement, se ralliera à leurs positions, face également à une presse française qui commençait à s’interroger et cherche à la loupe les premiers signes de vacillement, le chef de l’Etat a réaffirmé tout au long de la journée sa politique irakienne. Il l’a fait devant des journalistes. Il l’a fait au téléphone avec les Premiers ministres ou les Présidents de cinq des pays membres du Conseil de sécurité, le Chili, le Mexique, le Cameroun, la Syrie et la Russie surtout dont le Président, » en concordance, dit-il, avec la France, » sera lundi à Paris. Jacques Chirac tient bon sur ses positions. Il entend continuer à refuser la guerre tant qu’il apparaîtra possible de faire désarmer Saddam Hussein sans déclencher les hostilités, et il y a quatre raisons à cela. La première est qu’il ne se sent en rien isolé, fort, au contraire, du rejet de la guerre par les trois quarts de l’opinion publique internationale et de l’absence d’une majorité pour la voter au Conseil de sécurité. Ses ambassadeurs lui rapportent que les Premiers ministres britannique, italien, espagnol, sont coupés, sur cette question, de leur pays. Lui, se sent, au contraire, compris et approuvé des Français mais ce n’est pas tout. Au terme d’une longue évolution politique, d’une conversion, Jacques Chirac pense, parle et raisonne désormais en termes européens, comme habité par la nécessité d’affirmer, petit à petit, contre vents et marées, une politique étrangère européenne commune. Il veut, autrement dit, faire de l’Europe un acteur de la scène internationale, une puissance à même de peser dans le monde, et sait que cela ne se fera pas sans une entente franco-allemande. Or cette entente, non seulement il vient de la renforcer mais elle existe sur l’Irak, entre les gouvernements, bien sûr, mais entre les peuples aussi. Pour le Président de la République, il y a là un formidable atout, fécond, porteur d’avenir, qu’il faut évidemment préserver, même si toute l’Union, tant s’en faut, ne suit pas. Alors entre cette connivence avec l’Allemagne et un désaccord avec Washington, il hésite d’autant moins qu’il se dit que l’amitié avec les Etats-Unis a survécu au retrait de la France de l’Otan ou à l’opposition du général De Gaulle à la guerre du Vietnam. Elle survivra aussi, pense-t-il, à un désaccord sur l’Irak qu’il entend d’autant moins taire qu’il n’accepte pas, rejette, ne supporte pas l’idée d’un monde unilatéral dans lequel un pays pourrait décider d’une guerre sans justifications et exiger qu’on le suive en oubliant ce que cela signifierait de souffrances pour un peuple noyé sous les bombes. Cela veut-il dire que Jacques Chirac soit devenu pacifiste ? Non. Si, ce week-end, lorsqu’ils recevront les responsables des deux missions d’inspection de l’Onu, les dirigeants irakiens ne marquent pas une meilleure volonté de coopérer activement à leur désarmement, si les inspecteurs estiment, dans une semaine, que leur travail devient ainsi vain, la France en tirerait des conséquences mais on n’en est pas là. Il n’est pas certain, non plus, qu’on y arrive et tant qu’il n’y aura pas de raisons d’abandonner les inspections, la France refusera la guerre, quand bien même s’annonce-t-elle inexorablement.

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