La journée de demain, le mardi 8 février, sera une date importante. Pendant que se tiendra, à Charm el-Cheikh, en Egypte, le sommet réunissant les dirigeants israéliens et palestiniens en présence du Président égyptien et du souverain jordanien, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, sera elle en France. Elle y prononcera un discours qu’on sait déjà conciliant sur les relations transatlantiques. Le seul fait qu’elle ait choisi Paris pour aborder ce thème marque une volonté de rapprochement avec la « vieille Europe », celle qui s’était opposée à la guerre d’Irak, et le télescopage de ces deux rendez-vous va ainsi montrer qu’il n’y a pas qu’au Proche-Orient que la donne change. Dans un paysage international en plein mouvement, les relations entre les Etats-Unis et l’Europe sont elles aussi en train d’évoluer pour trois raisons. La première est que, si l’Amérique ne renonce pas à son ambition de gouverner le monde, si elle n’entend toujours pas accepter, et loin de là, l’idée française de multilatéralisme, elle doit bien se rendre compte qu’elle n’a jamais été aussi impopulaire qu’aujourd’hui. Sur les cinq continents, pas seulement dans le monde arabe mais jusque dans des pays dont elle était traditionnellement aussi proche que l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou l’Italie, le mensonge qui avait justifié l’aventure irakienne, la volonté de la Maison-Blanche de n’en faire qu’à sa tête et de n’écouter personne, ont laissé beaucoup de traces. L’Amérique inquiète. L’Amérique braque. L’Amérique a énormément perdu de son capital sympathie, un atout tout aussi important que ses armées, et ce capital, Georges Bush veut donc tenter de le reconstituer en arrondissant les angles, tendant la main, tournant la page sur la dispute irakienne. Il est d’autant plus pressé de le faire que le temps où il pouvait tabler sur une division de l’Europe est maintenant révolu. Hier déchirée par l’Irak, l’Europe ne l’est plus pour la bonne raison que la guerre a eu lieu, que la dispute n’a plus d’objet alors même que les points de convergence se multiplient entre les vingt-cinq. Habituées, entre elles, à la concertation et à la recherche des consensus les plus larges, non seulement les capitales des vingt-cinq Etats membres aimeraient de plus en plus que cet esprit imprègne également leurs relations avec les Etats-Unis, mais elles sont surtout à l’unisson sur l’Iran et le refus d’une nouvelle aventure ; sur la nécessité d’un ferme soutien international à la reprise du dialogue israélo-palestinien ; sur les questions climatiques ; l’aide au développement ; le commerce international ; l’Onu et la nécessité de préserver son rôle ou les dangers, encore, que représentent la faiblesse du dollar et l’ampleur des déficits américains. Sur tous les grands sujets de l’heure, il se forme une unité de vues entre Européens que les Etats-Unis ne veulent pas voir émerger sans s’être réconciliés avec l’ensemble de l’Union. Or ils peuvent tenter d’y parvenir - troisième raison de cette évolution - car, pour eux aussi, la grande question n’est plus la guerre mais la paix, celle qu’il faut arriver à trouver en Irak et celle qu’il ne faut pas laisser passer entre Israéliens et Palestiniens. La journée de demain sera dense.

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