On peut en tirer deux conclusions, radicalement différentes. On peut soit considérer que, puisque ce contrat première embauche s’inscrit dans une tendance lourde de l’ensemble des pays occidentaux, il serait vain de vouloir s’y opposer soit estimer, au contraire, qu’il faut empêcher à tout prix que la France ne consacre cette évolution en s’y ralliant à son tour. Par leur succès ou leur échec, les manifestations de cet après-midi traduiront le sentiment des Français et pèseront lourd sur la présidentielle de 2007 mais, quoi qu’il en soit, pourquoi tant des autres pays de l’Union ont-ils déréglementé les conditions d’embauche et de licenciement ? Pourquoi les Pays-Bas, l’un des pays les plus en pointe sur la protection sociale, ont-ils permis, dès 1999, la multiplication des CDD jusque sur une période de 5 ans ? Pourquoi l’Allemagne, berceau de l’économie sociale de marché, a-t-elle carrément enlevé, en 2004, toute limite de durée aux contrats d’intérim et s’apprête-t-elle, maintenant, à porter de six mois à deux ans les périodes d’essai ? Pourquoi l’Autriche, autre bastion de l’Etat-Providence, a-t-elle pratiquement supprimé les indemnités de licenciement dont l’Espagne avait, il y a 9 ans déjà, réduit le montant maximum ? La première raison en est que l’Europe, sous le double coup du choc pétrolier de 1974 et de la fin de la période de reconstruction de l’après-guerre, est durablement sortie, depuis trois décennies, de sa période de croissance lourde et continue. Le chômage a succédé au plein emploi. La loi de l’offre et de la demande a inversé le rapport de forces entre le Capital et le Travail et le temps que les salariés et leurs syndicats perdent la force qu’ils avaient acquise durant les années de boom, les entreprises sont maintenant à même d’imposer leurs conditions comme les salariés l’avaient été hier. Ce n’est pas la politique qui décide là. C’est la loi du marché que tous les gouvernements, méthodes de droite ou de gauche, 35 heures ou CPE, tentent d’infléchir pour dynamiser l’emploi. C’est l’une des données fondamentales de la situation actuelle mais elle n’est plus la plus importante. Au-delà même de cette inversion du rapport de forces social, la première cause du recul général des contrats à durée indéterminée est, désormais, la révolution industrielle qui bouleverse le monde. Entre la rapidité des évolutions technologiques et la nouvelle répartition internationale du travail induite par la réduction des distances et l’émergence de nouvelles puissances industrielles, beaucoup des entreprises ne peuvent plus parvenir, quand bien même le voudraient-elles, à garantir l’embauche. Tout va bien trop vite pour qu’elles puissent s’engager sur le long terme et, plus le droit du travail les contraint à des obligations contractuelles, plus elles hésitent à accroître le nombre de leurs salariés, spécialement quand leur taille et leur chiffre d’affaires ne leur permettent pas de faire face au coût d’éventuelles réductions d’effectifs. C’est ainsi que tout pousse à la « flexibilité », au développement de cette précarité de l’emploi que seul le départ en retraite des baby-boomers pourrait contrer, à la fin de cette décennie, en inversant à nouveau le rapport de force social - l’offre et la demande de travail.

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