Il ne faudrait pas qu’on en retienne seulement un « Je vous l’avais bien dit ». Dans une longue interview publiée ce matin par le Financial Times, Dominique de Villepin, répondant à une question sur l’Irak, commence par rappeler que Jacques Chirac et lui avaient considéré, dès 2003, qu’il n’y avait pas de solution militaire à Bagdad et que ce qui était vrai à l’époque l’est encore plus aujourd’hui. Cela fait plutôt coup de pied de l’âne mais, outre que ce rappel n’est pas plus infondé qu’inutile, le Premier ministre ne s’en tient pas au passé. « Dans cette crise, je me refuse au fatalisme », dit-il en plaidant avec force la nécessité d’annoncer publiquement qu’il n’y aura plus « sous un an, de troupes américaines et britanniques en Irak ». Le repli ? La fuite ? Et advienne que pourra ? Non, pas du tout. Contrairement à beaucoup d’Américains, il ne veut dire par là qu’il n’y aurait plus qu’à détourner son regard de ce chaos mais que la perspective, datée, d’un rappel des troupes d’intervention est la condition sine qua non d’un règlement politique, le seul moyen de placer tous les acteurs de ce drame devant leurs responsabilités. Il faut, dit-il en substance, que chacun se convainque qu’il ne pourra bientôt plus se contenter d’observer l’Amérique se perdre dans ces sables mouvants, que chacun comprenne, en Irak, dans la région et dans le monde, qu’il sera personnellement comptable de l’évolution des choses et pourrait, alors, payer l’inaction au prix fort. Il faut, explique-t-il, premièrement, que tous les Irakiens voient que le temps leur est compté et s’engagent dans une réconciliation nationale donnant leur place à tous ; deuxièmement, que les pays voisins réalisent qu’ils auraient beaucoup plus à gagner qu’à perdre dans une stabilisation de l’Irak et, troisièmement, que le monde, comme l’Irak et la région, ait une date butoir qui l’oblige à se mobiliser en amont pour sortir de cercle vicieux. On ne peut s’empêcher de se demander, en lisant cela, s’il n’est pas déjà trop tard. Il y a des moments – l’Histoire l’apprend – où seul le paysage d’après la bataille et l’épuisement provoqué par les combats peuvent mettre fin à une guerre. Peut-être en est-on déjà là en Irak mais, si l’on refuse ce pessimisme, il y a quelque chose d’assez convainquant dans l’idée de Dominique de Villepin. Il est vrai qu’on ne voit pas quel autre électrochoc qu’une date de retrait américain pourrait obliger les uns, les autres et les Etats-Unis à rechercher, par les négociations et le compromis, par le réalisme, un nouvel équilibre régional et l’on voit ainsi bien l’idée derrière l’idée exposée dans cette interview. Ce pour quoi plaide l’homme qui avait tant mis en garde contre cette guerre, c’est pour la reconnaissance de la multipolarité du monde, pour l’abandon de l’idée selon laquelle une grande puissance pourrait à elle seule gouverner les cinq continents et pour la responsabilisation de tous – y compris les irresponsables.

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