S’il fallait la qualifier, on dirait « toujours annoncée, jamais réalisée ». Proclamée, hier, pour la énième fois, la réconciliation entre frères ennemis palestiniens, islamistes du Hamas et laïcs du Fatah, inspire donc le plus grand scepticisme sauf…

Sauf que deux changements majeurs se sont produits ces derniers mois et qu’ils viennent donner une certaine crédibilité à cet accord. Le premier est que la droite israélienne a si bien et obstinément torpillé tout espoir de paix que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, chef de file du Fatah, n’a plus rien d’autre à proposer à son peuple qu’une réconciliation nationale qui lui permettrait, au moins, de resserrer ses rangs. « Ne comptez plus sur notre division », lance-t-il ainsi à Benjamin Netanyahou pour lui dire qu’il n’a pas réussi à défaire les Palestiniens en les privant – ce qui est pourtant la réalité – de tout horizon politique.

Cet élément compte. Mahmoud Abbas se durcit dans l’épreuve mais là n’est sans doute pas l’essentiel car le Hamas a encore plus besoin que lui de cette réconciliation. Pour persévérer dans leur intransigeance, dans leur ambition de reconquérir toute la Palestine du mandat britannique, et dans leur refus de reconnaître le droit d’Israël à l’existence, les islamistes palestiniens avaient besoin du soutien militaire et financier des deux pays qui lui fournissaient armes et argent, l’Iran et la Syrie.

La Syrie bascule aujourd’hui dans la guerre civile. Le régime syrien est trop occupé à massacrer son peuple pour se soucier du Hamas. Le jour où ce régime sera tombé, les Syriens n’auront pas forcément envie de continuer à aider un mouvement qui n’a pas eu un seul mot d’empathie pour eux et a si longtemps soutenu leurs oppresseurs. La Syrie échappe au Hamas et quant à l’Iran, outre qu’il avait besoin de la Syrie pour faciliter l’acheminement de ses livraisons aux islamistes palestiniens, il est lui-même pris dans la tourmente car les sanctions occidentales suscitées par son programme nucléaire ruinent son économie.

Tout comme la syrienne, la carte iranienne échappe au Hamas qui ne peut ainsi plus persévérer dans un passé révolu et observe, parallèlement, que ses cousins islamistes d’Egypte, de Tunisie et de Syrie ont su ouvrir un dialogue avec l’Europe et, même, l’Amérique. Les islamistes arabes ont pu s’affirmer en interlocuteurs des Occidentaux en rompant avec la violence et se rapprochant du modèle turc, et le Hamas en vient à se dire qu’il pourrait prendre le même tournant qui est, au demeurant, la seule voie qui lui reste.

C’est ainsi que le Hamas en est venu à accepter cet accord qui prévoit la création d’un gouvernement d’union nationale conduit par Mahmoud Abbas et chargé d’organiser de nouvelles élections.

Rien n’est fait. Le diable est dans les détails. Tout peut se rompre une nouvelle fois mais il est frappant que cet accord ait été signé à Doha, capitale du Qatar, richissime Etat du Golfe dont la famille régnante a l’ambition de stabiliser le monde arabe sous l’égide de partis conservateurs, issus de l’islamisme et désireux d’assurer l’ordre en bonne entente avec l’Occident.

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