Le Président du Conseil européen, Donald Tusk, a promis une « place spéciale en enfer » pour les promoteurs du Brexit qui n'avaient pas la moindre idée de la manière de le mettre en oeuvre. Une sortie peu diplomatique à la veille de l'arrivée de Theresa May à Bruxelles alors que les discussions sont dans l'impasse.

Le Président du Conseil européen, Donald Tusk, hier à Bruxelles, promettant l’« enfer » aux Brexiters britanniques lors d’une conférence de presse avec le premier ministre irlandais.
Le Président du Conseil européen, Donald Tusk, hier à Bruxelles, promettant l’« enfer » aux Brexiters britanniques lors d’une conférence de presse avec le premier ministre irlandais. © AFP / Aris Oikonomou / AFP

Theresa May se rend aujourd’hui à Bruxelles dans l’espoir d’obtenir des concessions sur le Brexit… avant de terminer en enfer ! Car c’est l’enfer, pas celui de l’Union européenne mais le « vrai », celui de Lucifer, qui a fait grimper la température politique au Royaume Uni. Depuis que, hier, le Président du Conseil européen, le très catholique polonais Donald Tusk, s’est demandé publiquement à quoi ressemblerait la « place spéciale en enfer » où finiraient ceux qui ont fait la promotion du Brexit sans avoir la moindre idée de la manière de le mettre en vigueur.

Cette pique du Président du Conseil européen, qui rebondissait sur une petite phrase d'un leader du Brexit visant les "traîtres" à la cause, était aussi une manière de prévenir Theresa May, à la veille de sa visite à Bruxelles, qu’elle ne pouvait pas attendre de miracle, pour rester dans la métaphore religieuse. 

Certes, elle n’a pas fait partie de ceux qui ont « vendu » le rêve du Brexit avant le référendum de 2016 ; mais la première ministre ne parvient pas à trouver le chemin de la sortie pour son pays divisé ; pas plus, a commenté Donald Tusk par souci d’équilibre, que le leader travailliste Jeremy Corbyn. « Il n’y a pas de leadership », a-t-il dit, au grand dam de la classe politique britannique.

Donald Tusk a répété hier, sur un ton plus grave, que l’accord négocié pendant deux ans entre le gouvernement de Londres et les 27 n’était pas renégociable. « Les 27 ne feront pas de nouvelle offre », a-t-il prévenu.  

L’Europe n’est-elle pas trop intransigeante ? C’est l’idée de plus en plus en vogue à Londres, dans les rangs des Brexiteurs, les partisans de la sortie, qui tentent de faire porter le chapeau de l’impasse à l’Union européenne, pas à leurs propres divisions.

La réalité est pourtant que les négociations, extrêmement techniques, ont duré deux ans, pour produire un traité de plus de 600 pages, prenant en compte des intérêts souvent contradictoires. Avant de buter sur le dernier obstacle, celui de la frontière entre les deux Irlande.

C’est en effet l’opposition entre d’un côté la nécessité de conserver la libre circulation entre la République de Dublin et l’Irlande du nord, et de l’autre la volonté de Londres de sortir de l’Union douanière, qui est au cœur du problème. Rétablir des contrôles à cette frontière est contraire aux Accords de paix qui ont mis fin aux années de conflit. Mais la solution envisagée est refusée par le Parlement britannique.

Il ne reste plus beaucoup de temps avant la date butoir du 29 mars : le risque de « no deal », l’absence d’accord et sa menace de chaos aux frontières, y compris en France, s’accroit donc chaque jour.

Une nouvelle fois, le déplacement de Theresa May à Bruxelles est présenté comme la « dernière chance » d’échapper au « no deal ». La première ministre sait qu’elle n’obtiendra rien de décisif, sauf si, avec la proximité du précipice, elle parvient à retourner suffisamment de députés jusqu’ici hostiles à l’accord négocié en décembre.

En promettant l’enfer, Donald Tusk exprime la frustration des Européens. Au risque de devenir le bouc émissaire idéal d’un fiasco pourtant 100% made in England. 

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