Un gigantesque scandale de corruption en Angola, touchant la famille de l'ancien président Dos Santos, n'en finit pas de faire des vagues, et fait s'interroger sur ce phénomène de kleptocratie au sommet, et les complicités internationales qui l'ont permis.

La fille de l'ancien président angolais, Isabel Dos Santos, et son mari Sindika Dokolo, en 2018 à New York, à un forum du magazine Bloomberg consacré aux enjeux énergétiques.
La fille de l'ancien président angolais, Isabel Dos Santos, et son mari Sindika Dokolo, en 2018 à New York, à un forum du magazine Bloomberg consacré aux enjeux énergétiques. © AFP / Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il y a quelques jours, une bijouterie de luxe a déposé son bilan à Genève. La faillite d’un bijoutier suisse n’aurait aucune importance si elle n’était reliée à l’un des plus gros scandales de corruption que l’Afrique ait connu, dans l’ancienne colonie portugaise d’Angola.

Par un montage financier complexe, cette bijouterie appartenait pour moitié au mari d’Isabel Dos Santos, la fille de l’ancien président angolais, José Eduardo Dos Santos, sans qu’il ait eu à débourser un centime. L’argent est notamment venu de la société d’État angolaise de diamants.

Ce n’est qu’un petit exemple de la fortune amassée par la riche angolaise et son mari congolais Sindika Dokolo, pendant le très long règne du Président Dos Santos, 38 ans à la tête de cet État riche en pétrole. C’est d’ailleurs à la tête de la société pétrolière d’État qu’Isabel Dos Santos a bâti son empire personnel.

José Eduardo Dos Santos a quitté le pouvoir en 2017, et à la surprise générale, son successeur Joao Lourenço, a commencé à démanteler l’empire d’Isabel, et tente de récupérer jusqu’à un milliard de dollars d’argent détourné. Autrefois couronnée « femme la plus riche d’Afrique », elle serait désormais arrêtée si elle rentrait dans son pays.

Une bonne partie de ce que l’on sait de cette colossale affaire provient des révélations du Consortium international des journalistes d’investigation, qui a diffusé récemment les « Luanda Leaks », l’analyse de milliers de pages de documents financiers.

L’impact de cette affaire est double : d’un côté, elle permet d’espérer que le successeur du Président Dos Santos a pris cette initiative pour remettre le pays sur de bons rails et pas seulement pour purger le clan de son prédécesseur. L’Angola est en effet un pays très riche, peuplé de gens très pauvres. Un tiers des Angolais vivent sous le seuil de pauvreté, malgré les richesses en pétrole et en diamants, il est temps qu’elles servent à développer le pays.

On peut s’interroger sur la dérive d’un régime, d’un clan, et d’un homme, José Eduardo Dos Santos : ingénieur formé à Moscou, dirigeant d’un parti marxiste-léniniste, fer de lance de la guerre contre l’apartheid, il a transformé son pays en kleptocratie au profit de sa famille. Un tel naufrage moral est d’une ampleur rarement égalée, dans un pays qui a payé un lourd tribut à libérer l’Afrique de ses derniers vestiges coloniaux.

Les Luanda Leaks permettent aussi de questionner les complicités internationales de cette machine à corrompre, au Portugal où une partie de l’argent détourné a été investi, et dans les rouages financiers qui ont fermé les yeux sur d’évidents enrichissements illégaux. 

La France n’est pas en reste avec l’affaire dite des « biens mal acquis », dont certains protagonistes sont toujours au pouvoir en Afrique. La sagesse populaire rappelle qu’il faut être deux pour qu’il y ait corruption ; elle nous incite à balayer devant notre porte avant de porter un regard accusateur. On peut imaginer qu’un jour, on sera deux, aussi, pour lutter contre la corruption. 

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