Dans un déluge de fuites organisées, les Etats-Unis ont soudainement entrepris de décrire en détails leurs plans d’occupation de l’Irak. Tout se passe, Bernard, comme si la Maison-Blanche voulait persuader les généraux irakiens qu’ils n’ont plus que peu de temps pour se retourner contre Saddam. C’est évidemment le message. En organisant ces fuites - le New York Times hier matin, l’agence Reuters dans l'après-midi, en décrivant en détails la politique qu’elle mènerait en Irak après avoir renversé Saddam, en insistant longuement sur le fait que même des hommes du régime pourraient rester en place s'ils prêtaient la main aux Etats-Unis, la Maison-Blanche espère favoriser un coup d’Etat à Bagdad. Pour Georges Bush, ce serait en effet le meilleur des scénario celui qui lui permettrait soit de ne pas avoir à entrer en guerre, soit d’être appelé à l’aide par un nouveau pouvoir lui demandant une assistance militaire pour assurer l’ordre et l’unité du pays, soit encore, et plus probablement, de se faire offrir la tête de Saddam par des militaires Irakiens une fois l’intervention commencée. A quelque stade que ce soit, la Maison-Blanche joue le renversement de Saddam par ses propres généraux. C’est une entreprise de déstabilisation du régime baathiste mais le fait est aussi que les plans d’occupation de l’Irak sont prêts, que toute une équipe continue de les affiner à Washington et qu’ils ont été longuement débattus dans le Bureau Ovale, avec le président, précisaient hier les officiels chargés d’en divulguer la teneur à la presse. Conclusion : guerre ou pas, Saddam sera remplacé et les Etats-Unis envisagent déjà de maintenir des troupes en Irak pour quelques dix huit mois, dix huit mois au minimum. Durant cette période, le pays serait codirigé par le commandant des forces d’intervention américaines et un administrateur civil, nommé par Washington ou, si possible, par les Nations-Unies. Le premier serait chargé de maintenir l’unité territoriale du pays. La tâche est immense, incertaine, mais c’est l’exigence des pays voisins qui craignent tous que leurs propres frontières ne soient ébranlées par un éclatement de l’Irak - par une tentation des chiites irakiens de s’intégrer à l’Iran, également chiite, et une tentative des Kurdes de former le Kurdistan dont ils ont toujours rêvé depuis que l’effondrement de l’Empire ottoman les a dispersés entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. L’administrateur civil aurait, lui, mandat de refaire fonctionner l’Etat, administration, écoles, justice, hôpitaux, police, et de préparer des élections par l’organisation de nouvelles forces politiques que les Etats-Unis souhaitent faire émerger de l’intérieur plutôt que d’arriver avec, dans leurs bagages, un gouvernement d’exilés. Là non plus, la mission n’ira pas de soi. Comparée par les officiels américains à l’occupation du Japon et de l’Allemagne après guerre, cette reconstruction de l’Irak serait naturellement financée par le pétrole irakien, remis sur le marché mondial mais dans le respect, jure-t-on à Washington, des quotas de production fixés par l’Opep. Les Etats-Unis se disent en effet soucieux de n’être pas accusés de vouloir faire baisser les cours, de casser les accords entre pays producteurs, grâce au contrôle qu’ils exerceront sur la production de l’Irak. Reste un problème : où serait la légalité de cette intervention si Saddam Hussein continue de ne pas y offrir de prétexte ? C’est le problème.

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