Une grand-mère à son ouvrage, pelotes de laine à ses pieds. C’est ainsi qu’un caricaturiste palestinien a représenté Mahmoud Abbas, l’homme qui devrait être élu, dimanche, à la succession de Yasser Arafat, mais ce trait était beaucoup moins meurtrier qu’il n’y paraît. Une grand-mère tricotant n’est pas seulement le contraire d’un combattant en armes. C’est la personne la plus respectée de la famille, celle qui sait prendre soin des enfants, de son peuple en l’occurrence. Elle incarne la sécurité du foyer, ce toit auquel chacun aspire mais Mahmoud Abbas pourra-t-il vraiment redonner une patrie aux Palestiniens ? C’est loin d’être joué mais ses atouts sont nombreux. Il a pour lui la légitimité d’avoir été l’un des pères fondateurs du mouvement national palestinien. En Israël, aux Etats-Unis, dans le monde entier, il bénéficie parallèlement d’un vrai prestige pour avoir très tôt accepté l’idée d’un compromis, avoir été l’un des artisans des Accords d’Oslo et avoir été, ensuite, assez courageux pour dénoncer la « militarisation » de l’Intifada. Toujours en costume cravate, Mahmoud Abbas n’est pas un militaire mais un politique et son troisième atout, le principal, est d’arriver aux commandes dans un moment où tout pousse tout le monde vers une tentative de règlement. Les Palestiniens sont épuisés par quatre années de guerre inégale. Les Israéliens ne le sont pas moins et recommencent à croire à la paix maintenant que Yasser Arafat n’est plus là. Georges Bush perçoit qu’il lui faut compenser son échec irakien par un succès diplomatique éclatant. Quant à Ariel Sharon, avant même la disparition d’Arafat, il avait fini par réaliser qu’on peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus et que le seul moyen pour Israël de ne pas perdre la bataille démographique était de se résigner à la création d’un Etat palestinien. Jamais la situation n’aura été aussi favorable à la paix. Elle l’est bien plus encore qu’après la première Guerre du Golfe, au début des années quatre-vingt dix, mais les obstacles n’en sont pas moins immenses. Mahmoud Abbas devra d’abord convaincre les plus radicaux des mouvements palestiniens d’arrêter toute violence. Même s’il est bien élu, avec une forte participation et une claire majorité, il aura d’autant plus de mal à le faire que même les plus modéré des radicaux considèrent que la négociation ne peut pas se passer d’une pression armée. Dès lundi, les risques de dérapage seront ainsi constants car Ariel Sharon dérogera d’autant moins à sa politique d’œil pour œil, dent pour dent qu’il sera confronté, lui, à sa propre droite, bien décidée à empêcher l’évacuation des colonies de Gaza. Les prochains mois seront difficiles et Mahmoud Abbas ne pourra pas même les affronter en se prévalant d’une reprise du processus de paix car Ariel Sharon ne veut pas entendre parler de le rouvrir avant la fin de l’été, le temps que les Palestiniens aient prouvé leur capacité à contrôler Gaza. Ensuite viendront les pièges de la négociation, l’émoi des fausses ruptures, peut-être aussi le drame d’une vraie.

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