D’abord les faits, pièces d’un puzzle particulièrement ardu. Les ministres des Affaires étrangères de deux pays arabes, l’Egypte et la Jordanie, seront demain à Washington pour des consultations sur le conflit israélo-palestinien. Ces visites font suite à une impressionnante série de rencontres diplomatiques sur le même dossier puisqu’en l’espace de dix jours, on a vu le Premier ministre israélien se rendre au Caire et les chefs de file du Hamas en Arabie saoudite, les dirigeants égyptiens et saoudiens s’entretenir à haut niveau et le président palestinien se concerter longuement, en tête-à-tête, avec le président égyptien. Parallèlement les interminables négociations indirectes entre le Hamas et Israël sur l’échange de prisonniers qu’il projette depuis des mois se poursuivent sans se rompre. Georges Mitchell, l’émissaire américain pour le Proche-Orient est à nouveau attendu dans la région la semaine prochaine après un passage par Paris et Bruxelles. Washington annonce sa détermination à « s’engager plus encore », cette année, dans la recherche d’un règlement et une phrase, surtout, retient l’attention. Commentant ce qu’il venait d’entendre de la bouche de Benjamin Netanyahu lors de sa visite au Caire, le ministre égyptien des Affaires étrangères a déclaré : « Je ne peux pas parler des détails mais le Premier ministre a discuté de positions qui surpassent ce que nous avons entendu de leur part depuis longtemps. Je ne peux pas dire qu’il a changé de position mais il avance », a-t-il ajouté en disant avoir le sentiment que « tout était sur la table ». Or ces derniers mots sont d’autant plus frappants qu’avant même cette visite au Caire, l’ancien ministre Yossi Beilin, une figure de la gauche, la principale personnalité du camp de la paix israélien, croyait savoir, et le disait, que Benjamin Netanyahu, le héros de la droite, était décidé à rouvrir des pourparlers de paix visant à la création d’un Etat palestinien et acceptait que la question du statut de Jérusalem soit « sur la table ». Tout cela est naturellement à prendre avec la plus extrême prudence mais le fait est qu’il s’est produit, en 2009, avant même tous ces échanges diplomatiques, leur ouvrant la voie peut-être, plusieurs changements de fond susceptibles de modifier la donne proche-orientale. Les Etats-Unis ont fait comprendre qu’ils ne se satisferaient plus du statu quo et obtenu des Israéliens un gel provisoire de la colonisation qui, bien qu’il ne concerne pas Jérusalem est, est une nouveauté assez totale pour valoir des menaces de mort au ministre israélien de la Défense, Ehud Barak. Benjamin Netanyahu s’est publiquement rallié, en juin, au principe de la création d’un Etat palestinien qu’aucune grande force politique israélienne ne refuse ainsi plus et il cherche maintenant à ouvrir son gouvernement au centre, comme s’il préparait un changement de politique. L’immense majorité, surtout, des Israéliens, à gauche comme à droite, a désormais intégré l’idée qu’il n’y avait, à terme, qu’une seule alternative pour leur pays : la création d’un Etat palestinien ou celle d’un Etat binational, israélo-palestinien, dans lequel ils deviendraient vite minoritaires. Les pièces du puzzle sont à assembler. C’est un puzzle, mais les pièces sont là.

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