Après la Tunisie, c’est l’Algérie qui descend, maintenant, dans la rue. En Tunisie, l’agitation déclenchée il y a trois semaines par le geste désespéré d’un marchand de légumes ambulant qui s’était aspergé d’essence après que la police lui eut confisqué son étal, a continué de s’étendre hier. Les manifestations se sont multipliées aux quatre coins du pays. Les avocats ont observé une grève d’une spectaculaire ampleur. D’autres tentatives de suicide, dont celle d’une mère de famille et de ses trois enfants, ont eu lieu. On signale des arrestations dans les milieux du rap et de l’internet. La Tunisie paraît s’installer dans une contestation qui fait tache d’huile et, parallèlement, en Algérie, hier et avant-hier, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du pays contre le chômage et l’augmentation des prix alimentaires. Que ces mouvements s’apaisent ou s’approfondissent, une colère grandit dans ces deux pays du Maghreb et ses causes sont similaires. La première est économique car, à Alger comme à Tunis, l’écart entre riches et pauvres n’est plus supporté, d’autant moins admis que les Universités produisent des diplômés qui ne trouvent pas d’empois mais sont à même d’analyser l’état de leur pays. Les jeunes Algériens, et leurs parents avec eux, savent que les réserves énergétiques de leur pays devraient en faire une nation prospère mais que l’argent du gaz et du pétrole disparaît sur les comptes étrangers d’une poigné d’officiers supérieurs qui gouvernent dans l’ombre et contrôlent tout. Toujours croissant, le sentiment général est que les services secrets et l’état-major confisquent la richesse nationale à leur profit et ne veulent pas que l’Algérie sorte de sa misère de peur que la constitution de classes moyenne ne fasse voler leur dictature en éclats. En Tunisie, ce n’est pas l’armée qui est en cause. C’est la famille du président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, qui est accusée de mettre le pays en coupe réglée en s’adjugeant les marchés les plus juteux. Tant que le tourisme et les délocalisations faisaient rentrer des devises et créaient des emplois cela passait plus ou moins mais maintenant que la crise internationale a frappé le plus petit des Etats du Maghreb, cette situation est devenue odieuse à la population qui rejette massivement ce pouvoir. La deuxième cause de ces troubles est politique car les régimes algérien et tunisien ne font que se survivre. Vingt trois ans de répression et de pouvoir personnel à Tunis, c’est trop. Un demi-siècle de pouvoir militaire à Alger, c’est beaucoup trop. Aucun de ces deux pays ne le supporte plus et, en Tunisie comme en Algérie, le drame est que l’absence de libertés a empêché la préparation de relèves solides capables de canaliser les séismes qui grondent et font, en ce moment, trembler la rue. A côté de cela, le Maroc fait figure de havre de stabilité avec sa monarchie et ses espaces de liberté mais la corruption, le chômage des jeunes diplômés et les écarts de richesse n’y sont pas moins grands. C’est tout le Maghreb qui est en situation de fragilité, toute l’Afrique du Nord qui pourrait, à chaque instant, basculer dans l’inconnu car, à l’heure d’internet et des télévisions satellitaires, la colère n’a plus de frontières.

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