Les grandes capitales le font toutes. On peut, comme elles, condamner les attentats de Moscou. On doit le faire car rien ne saurait justifier, ni même excuser, la transformation de jeunes femmes en bombes vivantes et le carnage qu’elles ont provoqué, samedi, au beau milieu d’un concert rock mais l’indignation ne suffit pas. Elle n’est que mots, rituel, que vain exorcisme si l’on ne s’interroge pas, en même temps, sur ce qui a conduit à ce drame tchétchène et sur les moyens d’en sortir. En l’affaire, le premier coupable s’appelle Boris Eltsine. C’est lui, lorsqu’il voulait devenir calife à la place du calife, évincer Mikhaïl Gorbatchev sous l’URSS finissante, qui avait incité tous les peuples de l’aire russe à prendre « le plus d’autonomie possible ». A l’époque, Boris Eltsine jouait la périphérie contre le centre qu’il voulait affaiblir et les Tchétchènes, colonisés depuis un siècle et demi, vaincus mais jamais vraiment domptés, l’avaient pris aux mots, croyait déjà retrouvrer leur indépendance. Ce fut le début de la première guerre de Tchétchénie car, devenu Président russe, nullement désireux de voir la Fédération de Russie se disloquer comme il avait disloqué l’Union soviétique, Boris Eltsine avait vite envoyé ses troupes rétablir l’ordre à Grozny. L’assaut fut à la fois si barbare et grotesque, anarchique et sanguinaire, que le Kremlin du bientôt faire de fausses promesses d’autonomie, laisser ouverte une possibilité d’indépendance pour obtenir un cessez-le-feu qui n’était, pour la Russie, qu’un moyen de gagner du temps et pour les indépendantistes de reprendre leur souffle. Rien n’était résolu, et c’est dans cette situation d’entre deux guerres que les réseaux islamistes se sont infiltrés en Tchétchénie. Ils y ont crée leurs maquis, les plus durs, pris la main sur les autres courants de la résistance anti-russe et commencé à déstabiliser les Républiques voisines dans l’intention avouée d’incendier tout le Caucase. Ils ont tant et si bien inquiété et provoqué une Russie déjà humiliée par la perte de la puissance soviétique que lorsque Vladimir Poutine voulut s’imposer en successeur de Boris Eltsine, comme l’homme d’ordre que le pays attendait, il ne trouva rien de mieux que de relancer la guerre avec la promesse de la gagner. Vladimir Poutine est le second coupable de ce drame. Plus d’horreurs, plus de sang, plus de haine, sa guerre n’aura fait que lancer les bombes vivantes sur Moscou même, à l’automne dernier d’abord puis avant-hier, et l’impasse est désormais totale. La Tchétchénie ne veut plus de la Russie. La Russie, elle, ne veut pas voir ses frontières continuer à reculer et une Tchétchénie indépendante tomberait aujourd’hui dans une troisième guerre opposant des djihadistes illuminés aux très puissantes mafias tchétchènes. Il est peu de crises aussi désespérées que celle-ci. Le seul moyen d’en sortir serait que la Russie reconnaisse ses erreurs et ses crimes, s’extase devant les Tchétchènes, qu’elle reconstruise ce pays et tente, par là, d’isoler les islamistes mais ce n’est pas ce genre d’attentats qui l’y incitera. Ce n’est pas, non plus, la pente naturelle de M. Poutine.

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