C’est une histoire dans laquelle se lit tout l’épuisement politique du modèle islamiste. Le très conservateur président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, celui-là même que l’appareil du régime avait fait réélire en bourrant les urnes en juin 2009, vient de se fâcher tout rouge contre d’autres conservateurs qui tentent de séparer garçons et filles dans les universités.

« Il est nécessaire d’arrêter immédiatement ces actions non scientifiques », a-t-il déclaré en se faisant ainsi défenseur intransigeant de la mixité contre des responsables universitaires qui se défendent de vouloir organiser une « ségrégation sexuelle », des salles de cours différentes pour les deux sexes, et disent ne vouloir que veiller à ce que garçons et filles ne partagent pas les mêmes bancs d’une même salle. On ne parle plus que de cela dans les Universités, la presse et les familles iraniennes. Mahmoud Ahmadinejad vient d’endosser un costume de moderniste en se démarquant des plus conservateurs et si l’affaire fait tant de bruit à Téhéran c’est qu’il ne s’agit là que du dernier épisode en date du bras de fer opposant depuis quatre mois le président à celui qui avait été son mentor et protecteur, le Guide suprême, Ali Khamenei, chef de la superstructure cléricale qui coiffe les institutions politiques de la République islamique.

Il ne se passe plus de semaine sans que les partisans des deux hommes ne s’affrontent. Le conflit est si vif que les arrestations se multiplient maintenant dans l’entourage du président qui, malgré les pressions, refuse de se séparer de son directeur de cabinet, bras droit et conseiller particulier, Rahim Mechaie, que le clergé le plus conservateur juge plus nationaliste qu’islamiste, autrement dit prêt à sacrifier le régime pour sauver le pays. Les Iraniens eux-mêmes ont un peu de mal à s’y retrouver mais le conflit est assez clair. Le printemps arabe a achevé de persuader l’équipe Ahmadinejad que la jeunesse iranienne, la majorité du pays, ne tolérerait plus longtemps la domination des mollahs et qu’il fallait desserrer l’emprise du clergé sur le pays avant que tout n’explose.

Ces hommes sont ainsi devenus des modernisateurs, d’autant plus agressifs sur la scène internationale qu’ils voudraient impulser des changements à l’intérieur et séduire pour cela les électeurs en vue des législatives du printemps prochain et s’imposer en force incontournable sur l’échiquier politique. Dans une bataille fratricide, des conservateurs qui voudraient lâcher du lest pour se survivre s’opposent à d’autres conservateurs qui voudraient ne rien changer pour durer.

C’est pour cela que Mahmoud Ahmadinejad s’est fait hier l’avocat de la mixité, pour changer son image dans la jeunesse et tenter de se l’attirer, mais force est de constater que l’islamisme n’est plus défendu en Iran que par des immobilistes, les partisans du Guide, et des gens, les partisans du président, qui voudraient en sortir pour n’être pas emportés avec lui. Tout cela ressemble fort à une débâcle idéologique et le meilleur signe en est que chacun des deux camps conservateurs essaie désormais de se rapprocher des réformateurs, de ceux-là même auxquels ils avaient volé ensemble la victoire en 2009 avant de les réprimer violemment mais qui relèvent maintenant la tête car ils sont soudainement en position d’arbitrer ce combat.

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