Des milliers de pages de rapport pour une seule conclusion : la guerre d'Irak de 2003 a commencé par un mensonge et s'est terminée par un fiasco...

Forces britanniques en Irak en 2003
Forces britanniques en Irak en 2003 © IWM/Getty Images

Anthony Bellanger.

Le rapport Chilcot, publié hier au Royaume-Uni, est un vrai choc, à en lire les commentateurs britanniques et même américains. Parce qu'aussitôt publié, il a traversé l'Atlantique, ce rapport, et été décortiqué page par page.

Alors, on ne va pas revenir sur ses conclusions, tout simplement parce que, vu de Paris, elle sonnent comme une victoire absolue de la version française de cette affaire : rappelez-vous de Dominique de Villepin à l'ONU faisant la leçon aux Etats-Unis.

Essayons plutôt de tirer quelques conclusions de cette catastrophe, géostratégique, politique, militaire et même économique. Première leçon à tirer de cette guerre inutile : la déconfiture des Etats-Unis et de sa capacité à forger l'avenir du monde.

Qu'a-t-on vu en Irak ? Une superpuissance militaire CAPABLE d'écraser une armée et un régime en quelques semaines, l'armée irakienne et le régime de Saddam Hussein, mais INCAPABLE d'imaginer et d'organiser la suite, c'est-à-dire la gestion d'une conquête.

En disant les choses de cette façon, on comprend tout de suite pourquoi : l'époque des conquêtes coloniales est terminée. Les Etats-Unis ont bien essayé, souvenez-vous du proconsul Paul Bremer, mais les peuples conquis ne se laissent plus faire. C'est fini.

Le seconde conclusion de cette déculottée américano-britannique, c'est qu'au Moyen-Orient, les ennuis ne s'arrêtent jamais sagement aux frontières dessinées par des cartographes occidentaux dans les années 20 du siècle dernier. Je m'explique.

Logiquement, les Etats-Unis se sont dit : nous allons installer les chiites Irakiens au pouvoir. Ils nous en seront reconnaissants et contrebalanceront ainsi l'influence des méchants chiites Iraniens. En clair, diviser les chiites pour mieux régner sur la région.

Un calcul qui s'est donc révélé catastrophique...

D'abord parce qu'évidemment, ce sont les Chiites les mieux organisés, les Iraniens, qui ont ramassé la mise : les Etats-Unis épuisés par la résistance ont été incapables d'empêcher l'influence iranienne de grandir en Irak.

Ensuite parce que les Sunnites – qui dominent la région depuis plus d'un millénaire – ont réagi. La bataille commençait à être perdue en Irak, ils se sont donc tournés vers la Syrie. Un pays à majorité sunnite mais dirigé par un clan apparenté aux Chiites.

Quand je dis « ils », je parle bien sûr des Saoudiens et des monarchies du Golfe. Autrement dit, la guerre en Irak a eu pour conséquence la guerre en Syrie, ses 400 000 morts, ses millions de déplacés et de réfugiés et, pour finir, l'Etat islamique.

Enfin troisième leçon : l'histoire finit toujours par se venger des apprentis sorciers. Si la Turquie, le Liban, la Jordanie et finalement l'Allemagne doivent affronter des centaines de milliers de réfugiés syriens, irakiens et afghans, c'est aux Etats-Unis qu'ils le doivent.

La géographie ne ment jamais et lorsque des millions de réfugiés, poussés par la misère et la guerre, se mettent en marche, l'Europe est au bout du chemin.

On pourrait donc dire que le Brexit d'il y a deux semaines est la dernière, mais pas l'ultime, conséquence d'une guerre commencée en 2003 sur le mensonge d'un président, George Bush et d'un premier ministre Tony Blair.

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