Une installation nucléaire iranienne a été partiellement détruite par une explosion, attribuée par Téhéran aux États-Unis et à Israël. De quoi alimenter le durcissement du régime iranien déjà bien amorcé.

Photo rendue publique par les autorités iraniennes d’une partie des installations détruites d’enrichissement d’uranium de Natanz.
Photo rendue publique par les autorités iraniennes d’une partie des installations détruites d’enrichissement d’uranium de Natanz. © AFP / Handout / Iran Atomic Organization (aeoinews) / AFP

Depuis le 25 juin, l’Iran a compté jusqu’à quatre explosions sur des sites industriels, initialement présentées comme accidentelles ; jusqu’à la dernière, qui a visé jeudi dernier un centre lié au programme nucléaire iranien, et la thèse de l’accident ne tient plus. 

Il semble désormais qu’il y ait eu une forte explosion qui a partiellement détruit la principale installation d’enrichissement d’uranium de Natanz, menaçant de retarder de plusieurs mois, au moins, le programme nucléaire iranien qui a redémarré.

S’il ne s’agit pas d’un accident mais bien d’un sabotage ou d’une attaque, qui est responsable ? Les Iraniens accusent Israël et les États-Unis, les deux pays les plus hostiles au régime de Téhéran, et, surtout, qui ont un passé d’action secrète de sabotage du programme nucléaire iranien.

Il n’y a évidemment aucune certitude, et personne ne va revendiquer une action de ce type si elle a bien été effectuée par un État étranger ; mais l’hypothèse israélienne, américaine ou les deux ensemble, est plus que vraisemblable.

D’abord en raison des précédents. En 2010, l’Iran a été la cible de l’une des plus importantes actions de cyberguerre jamais effectuée, avec le virus informatique Stuxnet qui a visé le programme nucléaire iranien. Plus de 1000 centrifugeuses, ces machines indispensables pour l’enrichissement de l’uranium, avaient notamment été détruites dans le centre de Natanz, celui qui a été de nouveau attaqué la semaine dernière.

Le Stuxnet est le fruit des efforts communs des Israéliens et des Américains. Ce virus informatique reste, jusqu’à ce jour, l’opération la plus spectaculaire de cyberguerre, ce nouveau champ de bataille du XXI° siècle.

Il est encore difficile de savoir si l’explosion de Natanz a été de nouveau le fruit d’une cyberattaque, d’un sabotage, voire même d’un raid aérien. Mais le moment choisi n’est pas dû au hasard, et l’incident ne restera pas sans suites.

Donald Trump n’a plus que quelques mois à la Maison Blanche, avant un hypothétique second mandat. Depuis son élection, il n’a eu de cesse de s’en prendre à l’Iran, d’abord en retirant les États-Unis de l’accord nucléaire de 2015 ; puis en réimposant des sanctions sévères contre Téhéran ; enfin en éliminant au début de l’année le général iranien Qassam Soleimani.

L’Iran a riposté en relançant son programme nucléaire, et en se plaçant en infraction de l’accord international. L’action entreprise contre l’usine de Natanz a tout d’une réponse à la reprise du programme nucléaire, Donald Trump s’étant publiquement engagé à empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique.

Cette action n’est pas sans risque. D’abord de riposte de l’Iran qui dispose lui aussi de capacités de cyberguerre non-négligeables. Mais surtout de durcissement du régime de Téhéran, un processus déjà amorcé, rendant le risque de confrontation toujours plus grand. 

En 2015, l’accord nucléaire avait fait le pari de la détente avec Téhéran ; en 2020, l’heure est à l’escalade.

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