L’Otan réarme. Neuf mois après les attentats du 11 septembre, quelques heures avant que Georges Bush n’annonce, à Washington, la création d’un super-ministère de la sécurité intérieure, les pays-membres de l’Alliance atlantique ont décidés, hier, à Bruxelles, de parer les nouvelles menaces en développant leurs moyens militaires. C’est la seconde fois en trois ans que l’Otan fait part de cette volonté d’« élargir sa boite à outils », comme le dit Georges Robertson, le secrétaire-général de l’Alliance. En 1999, cela n’avait pas été suivi d’effet mais la résolution des Occidentaux paraît, aujourd’hui, plus grande et pas seulement à cause du 11 septembre. Depuis, deux nouveaux pays, l’Inde et le Pakistan, se sont dotés de l’arme nucléaire. Leur conflit sur le Cachemire a rendu plausible l’hypothèse d’une guerre atomique en Asie et l’ambition irakienne de disposer d’armes de destruction de masse a crédibilisé les menaces biologiques, chimiques et bactériologiques. D’ici à novembre, date du prochain sommet de l’organisation qui se tiendra à Prague, les pays de l’Otan devraient, en conséquence, établir la liste des nouvelles « capacités » qu’ils souhaitent acquérir et fixer un calendrier de mise en œuvre sur lequel ils s’engageraient. Signe des temps, Georges Robertson a souligné, hier, que l’Otan se devait désormais de pouvoir agir hors de la zone euro-atlantique, en dehors donc des régions occidentales pour la protection desquelles l’Alliance avait été formée, aux débuts de la Guerre froide. En intentions au moins, c’est une redéfinition de l’Otan qui s’esquisse, en coordination avec la Russie qui lui est maintenant associée. Le problème est que tout cela coûtera cher. Pour passer aux actes, les Européens devraient augmenter leurs budgets militaires, y consacrer quelque 2,5% de leurs Produits intérieurs bruts contre 1,8% en moyenne aujourd’hui avec deux seuls pays, la Grande-Bretagne et la France, dépassant d’ores et déjà les 2%. A l’heure où les déficits se creusent jusqu’à mettre en question le Pacte de stabilité monétaire, cela ne se fera pas sans peine. Quelle que soit leur résolution, les gouvernements européens auront du mal à convaincre leurs opinions publiques. En pleine campagne électorale, l’Allemagne n’entend d’ailleurs pas s’y risquer. Elle l’a dit hier et l’obstacle politico-financier est tellement évident pour tous qu’on a évoqué, à Bruxelles, la possibilité de spécialiser les pays membres dans les différents types d’armes nouvelles pour parvenir à des économies d’échelle. L’idée n’est pas absurde. Elle aurait l’avantage de donner un coup d’accélérateur à l’intégration militaire de l’Europe. On verra mais les Américains ont maintenant mis les Européens devant un choix clair. Ou bien ils se mettent à niveau, suivent le colossal effort d’armement des Etats-Unis qui viennent d’augmenter le budget du Pentagone de l’équivalent des budgets militaires combinés de la Grande-Bretagne et de la France, ou bien l’Amérique n’aura plus aucune raison de ne pas jouer en solo, de sortir de fait du cadre atlantique, de ne plus rien coordonner, autrement dit, avec l’Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.