Comme prévu, la Grande-Bretagne a annoncé, hier, qu’elle reportait à des jours meilleurs son référendum sur la Constitution européenne. C’est un clou supplémentaire au cercueil de ce texte. La crise européenne s’approfondit. Personne ne se voit dans le rôle du tueur. Aucun dirigeant européen - ce qui est, d’ailleurs, plutôt bien - ne veut que ce soit son pays qui ait porté le coup de grâce au projet de Constitution européenne mais, après les « non » français et néerlandais, plus aucun gouvernement ne veut, non plus, risquer un échec. Raison d’Etat aidant, rarement l’hypocrisie politique aura ainsi atteint de tels niveaux. En Grande-Bretagne où le « non » est passé, dès la semaine dernière, de 57% à 72% des intentions de vote, il n’était simplement plus question pour Tony Blair de maintenir le référendum qu’il avait promis d’organiser en 2006 car c’eut été courir droit à un échec personnel après lequel il aurait dû céder la place à son ministre des Finances, Gordon Brown. Au revoir, donc, le référendum britannique mais comme Tony Blair ne voulait pas que la France puisse se défausser sur lui de l’enterrement de la Constitution, il a fait dire, hier, par son ministre des Affaires étrangères, Jack Straw, que ce n’était pas « au Royaume-Uni de décider seul de l’avenir du Traité » mais que le gouvernement britannique « ne voyait pas l’intérêt, pour l’instant, de continuer ». En d’autres termes, le projet de loi portant organisation du référendum est gelé, officiellement jusqu’au Conseil européen de la semaine prochaine mais, en réalité, sine die car, à Londres, l’espoir est, bien évidemment, que ce signal va faire assez plonger les sondages dans les pays qui ne se sont pas encore prononcés pour que plus aucune capitale ne veuille poursuivre sur la voie de la ratification. Au cas où cela ne suffirait pas, Jack Straw a ajouté qu’il fallait, avant tout, « clarifier les conséquences de l’incapacité de la France et des Pays-Bas à ratifier le traité constitutionnel », c’est-à-dire, en termes moins diplomatiques, que les gouvernements français et néerlandais s’engagent, la semaine prochaine, à faire revoter ce texte si les autres pays de l’Union le ratifiaient. Ni la Haye ni Paris n’étant en position de le faire aujourd’hui, Tony Blair fait coup double. Il achève avec les alibis nécessaires un traité qui ne lui convenait pas et refile la patate chaude à la France qui n’est pas, elle, en reste d’hypocrisie lorsqu’elle proclame vertueusement que la processus de ratification doit se poursuivre alors qu’elle ne croit bien sûr pas – comment le pourrait-elle ? – à la résurrection de ce texte. On pourrait continuer la liste. Les Danois veulent voter mais à la condition, au demeurant pas illogique, qu’on leur garantisse qu’ils ne se prononceront pas sur un texte qui serait ensuite renégocié. Les Polonais, tout en martelant qu’ils ne veulent pas du modèle social français, donc pas de renégociation, affirment vouloir maintenir leur référendum mais dans le seul but, nullement déshonorant, bien au contraire, de se montrer les plus européens des Européens et ainsi de suite. Quand ces faux-semblants auront pris fin, l’Union a toute chance d’entrer dans une autre dispute, beaucoup plus franche, sur le budget européen et, avec des élections à venir en Allemagne, en Italie puis en France, le rebond de l’unité européenne n’est pas pour demain, en admettant qu’il le soit pour après-demain.

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