Au nord de sa côte orientale, l’Afrique dessine une corne. Face au Yemen dont le sépare le Golfe d’Aden, c’est là que se trouve la Somalie, 100 000 km2 de plus que la France, limitrophe de Djibouti, de l’Ethiopie et du Kenya. En situation d’anarchie depuis quinze ans, ce pays - sa capitale au moins, Mogadiscio - est tombé, lundi, aux mains d’une « Alliance des tribunaux islamiques » que les Etats-Unis soupçonnent fort d’être liée à Al-Qaïda. Hétéroclite, cette Alliance le dément. Rien n’est certain mais il y a un parallèle frappant entre la Somalie d’aujourd’hui et l’Afghanistan dans lequel les Taliban étaient arrivés au pouvoir avant d’y héberger Oussama ben Laden. En Afghanistan, les Taliban, milices formées par les étudiants des écoles coraniques, étaient d’abord apparus à la population comme un moindre mal après l’occupation soviétique et les années de guerre civile qui avaient suivi le retrait de l’Armée rouge. Ils promettaient l’ordre, voulaient l’établir sur un fondement connu, la religion, et cela semblait mieux que ce dont le pays sortait. En Somalie, il n’y a pas eu d’occupation soviétique mais les troubles n’y ont pas été moins grands. Anciennement colonisée par la Grande-Bretagne et l’Italie, la Somalie n’a accédée à l’indépendance qu’en 1960, sans conserver de liens avec une puissance tutélaire. Le Président qu’elle se donne bientôt, Mohamed Siad Barre, se tourne vers l’URSS. Il en importe la collectivisation, se lance dans une lutte acharnée contre la religion et les structures sociales traditionnelles mais, quand il entre en guerre avec l’Ethiopie pour s’adjuger le territoire contesté de l’Ogaden, le Kremlin le lâche. L’URSS préfère alors soutenir l’Ethiopie où un régime marxiste-léniniste a succédé au Négus et Siad Barre essuie une défaite qui le laisse chancelant et la Somalie exsangue. Pour sauver son pouvoir, il se tourne donc vers les chefs de clans qui le renverseront en 1991. Comme en Afghanistan, le pays sort d’une épreuve pour entrer dans l’autre. La Somalie se fractionne entre chefs de guerre. L’Onu et les Etats-Unis interviennent vainement avant de plier bagages en 1995. L’anarchie devient absolue après leur départ et crée une telle insécurité que des hommes d’affaires décident, tout récemment, d’appuyer les tribunaux islamiques, mouvement religieux, né à la base et se réclamant, comme les Taliban, d’un ordre fondé sur le Coran. A Washington, les clignotants s’allument aussitôt. Chassés par les chefs de guerre dans les années 90, les Américains décident de leur venir en aide, armes et argent, mais c’est trop tard. Haïs par la population, les chefs de guerre ont du abandonner lundi Mogadiscio aux Tribunaux islamiques après quatre mois de combats. Ils n’ont pour autant pas abandonné la partie. Ils tentent une résistance et Georges Bush en personne s’est dit, hier, « très attentif » à la Somalie et décidé à ce qu’elle ne devienne pas « un havre pour Al-Qaïda ». Pays de toutes les souffrances, autre Afghanistan, la Somalie est devenue, lundi, un enjeu international.

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